MA PRISE DE POSITION
On m'a souvent reproché d’être économe en paroles au sujet de mes centres d'intérêts. J'ai toujours été tenté par l'évocation, en dire beaucoup avec peu de mots. Je m’en suis sorti jusqu'au jour où j’ai pénétré l’affaire SBF/Ummo. Dès lors toutes mes habitudes volaient en éclat, aucunes de mes pratiques n'étaient à la hauteur du phénomène. J’étais pris dans un maelström insondable et je n’arrivais ni à cerner cette complexité événementielle, ni à raconter ce que je pouvais en comprendre. J'étais perplexe dès que l’on me sollicitait pour donner mon avis sur des procédés difficile à décrire, encore plus surprenant qu’il n’y parait à première vue. Je commençais donc à produire quelques éléments d’analyse préliminaire mais je me suis retrouvé quelques peu empêtré dans la confusion des comptes-rendus et dans le foisonnement de réactions multiples qui ont pris corps autour de l’interprétation des faits.
C’était pour moi extrêmement gênant lorsque que l'on a une ligne éditoriale, d'être amené progressivement à changer son mode de narration habituel. Je ne pouvais clairement me soustraire à cette pression constante qui m'a marqué personnellement. Je fis part de mon étonnement et de ma profonde perplexité sur mon site internet. Je ne pouvais plus ignorer ce fait, on désirait fortement ma participation pour interpréter le dossier ummo et surtout pour donner mon avis sur la relation entre SBF et l'exploitation des documents apocryphes. Je devais m'investir dans une entreprise qui dépassait de loin ce que j'étais alors capable de me représenter.
J'étais pris au piège de mes principes, de mon souhait d’en raconter le moins possible tout en évoquant le plus de pistes. Dire beaucoup avec peu, une contrainte qui me poussa à prendre un style littéraire en pointillé qui distillait une information sans vraiment l’éclaircir. On m’a ensuite reproché de laisser les lecteurs sur le coté et de délaisser un sujet intéressant. Informé par des rebondissements et les tourmentes d’interlocuteurs, j’ai travaillé pour interpréter quelques données dans la mesure de mes moyens. Devant ce défi, je pris conscience de mon incapacité à comprendre un événement qui ne peut pas être exploité en l’état, sans un effort considérable de synthèse et de recoupement. Recouper les récits entre eux, croiser les informations et surtout suivre les contextes d’élaboration des idées selon la variabilité de l’environnement de l’acteur et de son intentionnalité.
Début 2007, après quelques entretiens et débats d'idées, je pris l’initiative de changer ma façon de traiter le sujet malgré quelques années de prise de distance avec l’affaire ummo. Il y a une raison à ce revirement, une stimulation latente qui a finit par traverser les différents cloisonnements que je me suis imposé pour me protéger de sollicitations trop intrusives.
Essayer de changer de méthode d'analyse et opter pour d'autres moyens pour aborder le sujet. C’était l’occasion de retrouver quelques indications dans un flux de communication révélant des discontinuités historiques et aussi pour répondre à des demandes émanant d’un public plus diversifié. J’avais l’occasion de faire des compromis entre les objectifs personnels qui me sont familiers et les souhaits maintes fois répétés d’élargir une réflexion en apportant mes contributions aux études en cours. Je pouvais dire que j’étais pris dans une réaction en chaîne. A diverses reprises, on me donnait en référence sans que je sache vraiment pourquoi. Une façon singulière de m’introduire dans un processus de reconstruction du message cachée. Démêler toutes ces histoires c’était déjà prendre part aux événements et s’y associer pour tenter d'en contrôler les dommages collatéraux.
Après la publication du livre "l’année du contact" (JPP), je devins un objet de curiosité mais également un sujet de discussions pour des prises de positions péremptoires et inconciliables au sujet d'éventuelles retombées du dossier Ummo. Les analystes ummophiles et experts patentés y allaient fort. Les turpitudes des chercheurs dispersés qui se disputaient la légitimité d’une interprétation scientifique des faits et les querelles pour une influence médiatique orientée vers la source en vue de s'auto désigner comme meilleur candidat au contact, finirent par me lasser. Beaucoup de remue-ménages après la réception d'autres apocryphes qui confirmaient quelques pistes données par SBF (nous avions deux sources d'information qui concordaient, récap. sur expérimentation microsociale).
De mon coté, j'imaginais être utile pour donner un point vue différent et me soustraitre de quelques rumeurs. J'ai essayé de donner des moyens d’apaisement dans un milieu où la coexistence pacifique n’était plus la règle. Se reporter aux épisodes des querelles publiques en rapport à la manière d'exploiter et communiquer sur les résultats, étalées sur des années entre analystes passionnés et partisans de l'hypothèse
de la présence aliènigène (Jean-Pollion (JP), Jean-Pierre Petit (JPP), Chakapazol, André Jacques Holbecq (AJH). Ma participation au débat était souhaitée mais je n'ai jamais pu vraiment me faire à l'idée d'entrer dans une arène pour me frotter à des inconnus qui se faisaient tout autant les uns des autres des idées préconçues sur les motivations, les armes intellectuelles, les argumentaires de réserves. Un champ de bataille ou chacun préparait ses munitions. Tout cela pour quelle finalité ? J'attendais de voir l'état de l'opinion après plusieurs années, une fois la tempête calmée et les esprits tourmentés revenus au calme. J'avais tout mon temps, au vu des ramifications de l'affaire nous n'étions plus à une décennie près.
Il fallait bien qu'un jour, on se rende compte qu'il fallait établir ce pont entre prises de positions alternatives motivées par l'accession à une vision globale du dossier, agir avec méthode sans que cela n’entre en contradiction avec les efforts d'analyse de ce corpus limité et fragmentaire collecté au fil des décennies. Pour ce faire, nul besoin de prôner le relativisme, seulement une posture cognitive particulière qui donnait l'occasion de comprendre les procédés de l'enquêteur et les inclure dans le résultat final pour une possible méta-analyse, un moyen de faciliter une critique comparative. Mais à l'époque c'était prématuré, les esprits n'étaient pas prêts. 2003-2004 fut une période d'observation et de stase, marquée par la rivalité des experts et la course à la reconnaissance dans le secret espoir d'attirer l'attention de la source. Malheureusement pour AJH/JP le rejet a été plus immédiat et a entrainé des incompréhensions plus persistantes.
J’étais quelque peu inquiet, je ne souhaitais pas être un référent. Je recevais des supplications insolites, des pressions opposés et insistantes dont l’enjeu étaient de me convaincre d’entamer un dialogue exclusif et privilégié. Mes hésitations étaient peut être à la hauteur des attentes et espérances. Je n’aimais pas cette idée de m’impliquer après coup, suite à un jeu de communication qui voulait me voir sortir de ma réserve. Je tournais autour du sujet sans vraiment le saisir à bras le corps. Je faisais deux pas en avant et un pas en arrière. Je repensais à ce qui avait attiré mon attention et nourrit ma réflexion, cette passion qui dévorait les familiers du dossier, ce désespoir qui touchait les contactés après un investissement sans borne qui frisait par moment l’obsession maladive. Etais-ce le sort qui m'était destiné, devais-je franchir le Rubicon et faire ce plongeon ? Tant que je restais à l'écart pour observer, je ne pouvais pas comprendre cette composante essentielle, l'assimilation progressive des forces intellectuelles par une source d'information qui désirait que l'on recycle un corpus documentaire selon les critères culturelles propres à chaque communauté et le retransmettre après une phase de traduction à une autre communauté de lecteurs intéressés par le débat d'idées et par une vision exo anthropologique de notre propre humanité. Un regard extérieur sur notre civilisation terrestre, une critique sous-jacente qui accompagne toutes les propositions à contenu scientifique et descriptions des différents domaines de connaissance.
Parfois témoin et pris à parti par les mouvements d’opinions, je dû justifier mon orientation intellectuelle (sceptique, manipulateur, contradicteur, initié, sympathisant) et donner mon avis lors de ces épisodes mémorables de gestion publique de nouveaux apocryphes. On a pu croire que l’affaire SBF n’était que le début d’un jeu de piste pour propager un courant d'idées et ouvrir la porte à d'autres apocryphes diffusés sous le label "ummo". On retrouvait ce débat sur les motivations de la source dont on ne savait plus si elle était unique (cohérence culturelle), hybride (juxtaposition de divers sources compatibles), simulée (réalité des descriptions données comme une expérience simulée à la fois réelle et imaginaire).
Après avoir pris connaissance de l'affaire SBF et des remous engendrés, je pensais qu'il y avait là un procédé qui mettait à l'épreuve les critères de validation de l’authenticité de la source d'origine et une invitation à sortir des sentiers balisés pour travailler sur des sources connexes. L'image de l'ummite représenté ou imaginé comme un simple expéditeur en avait pris un coup, et donc reconstruire cette notion d'acceptation d’un message sur la seule cohérence sémantique avec le reste des documents dit « de base ». Je me demandais alors si j’étais témoin d’une opération de désinformation dont la finalité n’était pas de restreindre une activité de recherche qui avait tendance à en faire trop médiatiquement parlant. Dans un premier temps, d’aiguillonner les plus passionnés et d’initier dans un second temps, en direction des lecteurs de tous bords, une autocritique sur les méthodes de travail collaboratif et de représentation des connaissances en vue de collecter des données extérieures au corpus de base, de croiser les informations et de construire des synthèses constructives.
Ce qui bien évidemment ne se fit pas sans mal, il n’est qu’a se rappeler l’importance des agitations sur le copyright, sur un courant d’interprétation dominant et orthodoxe devenu pour certains restrictif, l'utilité de l’appel aux contactés, les propositions de dialogue avec la source, le fantasme du contact de prés, les rivalités personnelles pour se démarquer par son travail et se faire repérer par un éventuel observateur de premier plan. Ce n’était pas une ambiance amicale, le stress palpable me fit douter de l’utilité de m’investir et de m'exposer plus que de raison.
Deuxième époque pour moi, 2005-2006 avec la mise en perspective de premiers éléments de synthèse qui étaient compatibles aux propositions de SBF. Conférences et publications, introduction de la terminologie spécifique au domaine de l'anthropologie culturelle et des sciences cognitives, récupération d'un vocabulaire par acculturation pour enrichir le discours. J'en ai profité pour répondre à des interrogations pour faire avancer des études plus personnelles du dossier. Mon rôle, très limité fut de palier à un déficit de connaissances sur les références mises en avant et qui correspondait à mes centres d’intérêts. Mon site en était en quelque sorte un point de mire, a tel point qu’a la suite de quelques croisements d’information les analystes ne pouvaient pas faire autrement que de relier les mots clés communs entre les propositions de SBF, des lettres ummites et les thèmes associés qui sont autant de sujet de recherche scientifique réservés aux spécialistes et très mal connus. Sur ce dernier point, il eu beaucoup d'incompréhension et de mésententes sur un faisceau de points durs (domaines de recherches et nouveaux concepts scientifiques) qui demandait à être éclairci (rationalisme localiste, I.A., prospective, logique, science sociales, théorie unitaire, épistémologie).
Ce n’était pas trop pour me plaire, me voir transfiguré et sollicité dans une affaire extrêmement insolite. Mes réticences du début firent place à un intérêt modéré qui allait dans le sens d’une meilleure compréhension des conflits qui ont été catalysé après les manifestations de SBF et qui devaient fatalement sortir au grand jour : le problème du copyright de documents originaux connus, la collecte des apocryphes non authentifiés, l’infiltration de services de renseignement dans l’exploitation publique des lettres et corrélativement de tous mouvements d’opinion inspirés de travaux ovnistes, les controverses sur les visées sociopolitiques extraites du dossier.
Je n’étais pas contre l'idée d’apporter une contribution pour faire avancer un véritable travail scientifique qui ne demandait qu’à émerger. Pourquoi pas ? Je gagnais au change puisqu’en retour je pouvais rendre compte des problèmes que je rencontrais de mon coté (lutte d'influence, guerre psychologique, espionnage). Je donnais ainsi ma version des faits, une coopération pour interpréter des données sociologiques, échange d'information sur les thèmes connexes à l'aptitude ethnologique de la source à l'origine d'apocryphes et des documents ummites.
J’éprouvais tout de même un embarras, faire des contributions en excluant toutes données sensibles et trop personnelles. Je compensais ce déficit par un effort de lisibilité et des explications complémentaires limitées à quelques personnes avec une politique de gestion de l'information (niveau public, semi-public, privé, confidentiel, réservé). Selon le niveau d'habilitation ou de confiance accordée, chaque échange utile pouvait donner lieu à des contributions qui, si elles étaient au départ d'accès limitées et non diffusables pouvaient après assimilation être exploitables et être récupérées à plus large échelle.
Toutes ces précautions n’étaient pas sans contrarier des lecteurs pointilleux qui se trouvaient exclus de ce dispositif et qui exprimaient des critiques pas toujours argumentées : je n’avais rien à dire de constructif et les tentatives d’ouvrir le débat aux propositions "SBF/Ummo" n’entraient pas dans le cadre d’une véritable avancée « scientifique » et encore moins n’aidaient à la compréhension de la base documentaire. Un préjugé que je n’ai pas combattu. Je n’avais pas l’ambition de m’imposer comme un nouvel analyste et encore moins de passer pour quelqu’un qui possédait des informations majeures. J’ai constaté par la suite que ce comportement de prudence était parfaitement justifié.
Durant l’année 2005-2006, je n’ai plus pris part aux débats sur le dossier SBF/Ummo, vu et étudié par le microcosme français. Un désengagement presque complet avec seulement quelques reprises de contacts ponctués de longues périodes d’absence. C’est seulement à partir de 2007, que je fus motivé progressivement à reprendre la collecte des idées exploitées pour expliquer le cadre historique et conceptuel des diverses prise de positions et scandales. C’était un minimum à faire pour évoquer tout un pan de réflexions non communiquées, restées cloisonnées autour de spécialistes et qui ne désiraient pas faire un geste d’ouverture. C’est non sans réserve que je me fis violence et n’étais plus enclin à réagir à chaud sur des points durs, à débattre et participer à des échanges.
L’année 2007 était donc une période de synthèse et de collecte d’informations éparpillées. Ce qui se fit en dilettante, sans aucunes précipitations. Je n’étais pas pressé, et parfois je recevais des propositions de recherche que je déclinais le plus simplement du monde. Je ne supportais plus la pression et les propositions qui m’étaient faites pour que je serve d’entremetteur avec un niveau d’information plus riche et difficile d’accès. Ces relations que l’on me prêtait, une liaison informelle, entre moi et des « sources » m’étaient d’ailleurs préjudiciables et source de bien des tracas.