COEXISTENCE NON PACIFIQUE
Espérer que des anciens destinataires ou des possesseurs de documents ummites se fassent connaitre n’est pas une mince affaire, surtout après ce laps de temps considérable de silence. L’initiative ummo.sciences avait pour objectif de rallier autour d’une plateforme Internet le maximum de ressources disponibles et pourquoi pas de motiver de potentielles donations de documents. Ce n’était pas la première fois que l’on essayait de faire sortir le loup du bois. D’autres tentatives maladroites furent effectuées dans l’espoir de cerner l’importance du corpus étendu ainsi que la diversité de groupes de contactés. Comment faire pour atteindre ces acteurs primordiaux, ces collecteurs passifs et ces membres actifs ?
La sortie du livre de JP "Ummo, de veritables extraterrestres" provoqua une agitation de la communauté ovniste française ainsi que du milieu scientifique curieux de redécouvrir le dossier ummo. La controverse sur le langage ummo a donné l’occasion de créer un élan de curiosité. L’animation autour d’un projet de recherche collaboratif sur Internet a finalement pris de l’ampleur, il ne fallait qu’un point de référence pour s’organiser. L’espoir de constituer un réseau d’entraide et d’analyse scientifique a pu se constituer autour des plus passionnés. Cette nouvelle publicité sur l’affaire avait également comme ambition de séduire des personnalités qui étaient auparavant rétives à toute forme de collaboration sur la base d’une argumentation à prétention scientifique et objective. Ce qui permettait d’élargir la base possible des chercheurs. L’effet constaté fut spectaculaire, un foisonnement de curieux et de volontaires voulaient à tout prix en savoir plus sur le mystère ummite resté insoluble. L’ambition affichée par ummo.sciences consistait à regrouper tous ses efforts autour d’une structure d’échange d’information ouverte aux débats scientifiques et étendus à toutes les disciplines.
Gagnés par l’enthousiasme, les plus passionnés surfèrent sur l’euphorie collective naissante. Il suffisait qu’une masse critique de chercheurs s’organisent ou travaillent sur ces sujets pour intéresser les observateurs de la question extraterrestre, et corrélativement les contactés puisque c’était aussi l’objectif avoué. L’atmosphère était joyeuse et accueillante. La précipitation et la désorganisation n’ont pas été vécues comme un handicap mais comme un encouragement. Pourtant cette ouverture souhaitée par tous n’était pas compatible avec la participation simultanée de personnalités d’horizons divers. Le clash autour de l’affaire SBF mis en effet un frein à cette euphorie. Quelque chose de latent et de palpable fit surface. Les failles de gestion furent révélées et les premières frictions sur la politique de gestion explosèrent. Les oppositions se firent plus intenses, les rivalités cachées apparurent brusquement ainsi que les fantasmagories les plus débridées. Les différentes politiques d’exploitation du corpus apparurent comme inconciliables. S’organisa alors un regroupement d’intérêts autour de fortes personnalités et d’experts patentés. Une atmosphère difficile et une nouvelle confusion fut perceptible, les tensions furent autant le produit d’un mécontentement que d’accusations de mauvais comportements et d’incompétences. Il y eu finalement un summum de suspicion qui marqua un point de non retour et un schisme. Dans ce microcosme, ce théâtre en réduction, les comportements humains les plus triviaux entremêlaient à la fois le scientifique et le profane : la connaissance humaine dans sa vocation à atteindre l’objectivité devient paranoïaque et alimenta une machine de désirs. La rationalité et l’émotionnel sont étroitement liés et ce n’est pas toujours la raison qui guide les conduites. Ce qui advint logiquement sur le plus long terme, c’est l’apparition de quelque chose de nouveau, un état dual de coexistence et de compétition basés sur des modes d’exploitation documentaire et d’analyse qui se voulaient inconciliables. Les uns trouvaient leur inspiration, leur énergie de la comparaison et de l’opposition, tandis que d’autres poussés par le désir de faire mieux, espéraient secrètement se faire repérer par la source (se rendre célèbre). Des comportements hélas bien connus. (cf. recap).
Pourquoi tant d'animosité et de luttes sur un projet de résolution scientifique du dossier ? C’est que la base même de l’exégèse autour de la civilisation de ummo repose sur un ensemble de descriptions dont la réalité matérielle est soit indémontrable, soit hors de portée de l’observateur. On peut même dire que c’est l’argument fondateur des rapports dactylographiés, rendre palpable l’impalpable sans le démontrer tout en excluant une tentative de résolution publique. Le sujet restera ouvert jusqu’au bouclage probable de la thématique du contact à plus large échelle. Ce qui, si on suit la démonstration, peut avoir lieu avant l’auto extinction de l’humanité dans un plan pour sauver la planète (cf. lettre).
D’ici là et pour préserver les réseaux sociaux d’un ethnocide dévastateur, les auteurs font en sorte de détruire tous les accès qui permettraient à des esprits perspicaces d’accéder à ce niveau de confidentialité, celui de la genèse des documents ainsi que des procédés mis en œuvre pour protéger des contactés impliqués dans un vaste plan d’intervention sociale extraterrestre. Il y a donc une divergence d’intérêts entre la divulgation progressive des retombées du dossier et la protection de la vie des destinataires, contradiction entre la démonstration de la supposée extra terrestrialité et l’évitement du désordre social, du choc culturel avec un foyer de connaissances d’origine inconnue, une incompatibilité entre le désintéressement personnel issue d’une curiosité purement intellectuel et la protection d’intérêts personnels. Il y avait beaucoup d’enjeux lorsque l’on se trouvait impliqué au plus près.
L’opinion répandue dans la communauté des analystes était de trouver un moyen simple de regrouper les idées constructives éparpillées et surtout de servir de référence. La participation de JP ainsi que l’absence d’un espace dédié et spécialisé favorisa l’essor rapide d’une communauté sur Internet dont l’objectif avoué était de toucher toutes les disciplines. Créer un lieu de débat ou même la provocation avait un rôle à jouer, c’était peut être un moyen attendu pour la promotion. L’espoir était d’attirer les regards des auteurs sur les découvertes des nouveaux analystes. Cependant, comme on l’a vu plus haut, l’argument d’autorité d’une communauté structurée autour d’experts rivaux a entretenu une faille de la pensée, l’ethnocentrisme étant un symptôme apparent. Il a suffit de très peu de temps pour que cela entraine des réactions de mécontentement.
Eté 2003, à l’ouverture de la liste ummo-sciences, SBF intervient de manière anodine et lança des répliques triviales censées ouvrir des pistes vers la logique tétravalente. Il agit ensuite sur les mois suivants comme un agitateur et un agent disruptif (cf. recap). Un des ses objectifs affichés était de lancer un message avec différents niveaux de lecture contenant un aperçu sur le rôle de la métacommunication (protocole) et diverses propositions (énigmes) pour stimuler la recherche sur des pistes alternatives et jusque là négligées.
Sur d’autres points, il fit des remarques lapidaires en réponse à des comportements agressifs. La « lettre du 18 janvier » fit en effet détonner toute les tensions latentes et les rivalités naissantes, emportant comme une avalanche le verni de bienséance et de respect mutuel. Il y eu également une dénonciation de l’espionnage institutionnel et de la propagande comme moyen de contrôle de l’opinion que cela soit l’œuvre d’agences de renseignement ou d’individus isolés.
Les premières remarques brèves et cinglantes de SBF étaient destinées plus particulièrement à des acteurs non identifiés probablement des membres d’agences de renseignement, les suivantes étaient plutôt des injonctions d’autocritique face au cloisonnement inhérent à toute forme d’ethnocentrisme en phase de constitution et finalement une critique sur les moyens mis en œuvre pour gérer les ressources humaines. Les manifestations de SBF sur la liste de discussion se déroulèrent dans un temps assez bref et néanmoins cela provoqua des remous qui on dépassé le cercle des participants au débat pour se diffuser vers les autres communautés ovnistes.
Il semble que les attentes au sujet des lettres ont dépassé ce qui pouvait se gérer sur une liste de discussion. Trop d’espoir et trop de méfiance n’ont pas permis de trouver un terrain d’entente sur des positions d’ouverture et de conciliation. Une lecture essentiellement de premier degré à été promue comme seule posture intellectuelle raisonnable : revenir au texte révélé et authentifié. Une facilité qui permettait d’écarter toutes les questions embarrassantes sur les points de manipulation de l’information, les discordances sur les interprétations alternatives. Sur ce point on a pu noter les premiers découragements, des chercheurs percevant là une atteinte à la liberté intellectuelle et ont préféré quitté le débat, ce qui eu pour conséquence la mise de coté de projets qui se développèrent ensuite dans la discrétion.
Comment comprendre tous ces rebondissements ? (cf. recap). Il devint notoire que pour tout projet de coopération autour du dossier ummo, il était inconcevable de répondre à toutes les attentes malgré les adaptations aux contraintes et les changements de politique culturelle (charte remaniée). Les conditions n’étaient donc pas encore réunies pour un espace serein de partage et de confiance. Après l’épisode SBF, il y eu celui des apocryphes et des faussaires, événements qui procédèrent comme une réplique dans une continuité de cette mise à l’épreuve. Les points de ruptures naissants et les fragilités se sont ensuite confirmés, les comportements disproportionnés se sont amplifiés par l’anonymat, par péché d’orgueil, par désir de domination intellectuelle.
Il est donc impossible d’empêcher sur internet qu’éclose un lieu de fantasme dans un espace collaboratif et d’échange à prétention scientifique ou qui fait tout pour en avancer des positions de rigueur. Un événement compliqua encore la situation, la possibilité que la source ummite surveillait les discussions pour en recueillir des enseignements par l’analyse de conversation (lettre NR) Cela eu pour effet immédiat, de provoquer un découplage entre l’intérêt intellectuel pour une exploitation scientifique et le désir de devenir soi-même un contacté. En effet, les apocryphes NR récoltés et diffusés sur le portail ummo-sciences, suggérait qu’il y avait un pseudo dialogue avec la source qui répondait par diffusion d’informations en référence aux discussions en cours, une autre façon de poursuivre l’expérience microsociologique initiée dès l’ouverture de la liste par SBF. Les membres de la communauté, publièrent une liste de questions ouvertes car les demandes étaient pressantes. En retour, par les apocryphes et avec parcimonie, des réponses succinctes furent disséminées dans la prose au sujet de thèmes abordés qui posaient problèmes. (cf pages de questions aux ummites). La réception d’apocryphes a donc été interprété comme un espoir de reprise de contact. Nous avions manifestement une intervention à multiples niveaux qui a fonctionné dans la période des tensions les plus intenses, pour orienter les débordements les plus violents et pour calmer les ardeurs des plus passionnées. Chacun avait matière pour travailler dans sa partie, différents groupes ont ainsi été alimenté en information d’origine inconnue.
Malgré les conseils avisés sur les failles comportementales, les conseils émis aux travers d’apocryphes (NR), ceux de la source SBF, et d’autres agents d’influence plus discrets, l’obsession du contact et l’enthousiasme l’emportât sur toute autre considération. Ce qui comptait c’était l’existence probable d’une source à proximité et à l’écoute. Cet état de fait supplantait toute autre espèce d’émulation constructive. Beaucoup d’experts voulaient se mettre en avant, se faire connaitre à plus large échelle, augmenter leur notoriété, ce qui était aussi une manière détournée de se montrer plus directif, d’affirmer leur autorité, de se positionner comme candidat potentiel pour un contact.
Les diverses communautés virtuelles gravitant autour d’ummo connurent quelques agitations, la facilité d’échange sur internet accéléra la propagation des utopies de reprise du dialogue en s’inspirant du passé, de l’histoire du groupe de Madrid. Chacun pouvait se mettre en avant pour défendre la haute opinion qu’il se faisait de ses propres travaux, pour clamer son érudition et marquer un peu plus son autorité, pour construire une doctrine personnelle sur les manières dont il fallait exploiter le corpus connu. Un point faible apparu alors dans le discours, se prétendre expert du domaine avec seulement ¼ des données viables pour une même période de référence, était déraisonnable et logiquement contestable. Cet excès d’impatience pour appuyer des thèses personnelles qui se voulaient objectives était un premier signe de perte de contrôle. L’impatience a causé du tord, cette précipitation à défendre ses convictions personnelles sous le couvert d’hypothèses mal argumentées a fini par faire perdre tout le sérieux et l’honnêteté de la démarche. Les contributions périodiques étalées dans le temps remettaient fortement en question les premières thèses si chèrement défendues, les rendant obsolètes et du même coup frappant leur auteur d’incompétence, de limitation du champ perceptif et donc d’un manque de profondeur dans les raisonnements.
Le calme vient après la tempête, les scandales s’estompèrent. Les recommandations furent vite oubliées et les anciennes habitudes prirent le pas pour normaliser les communautés autour de nouveaux leaders. Dans ce petit cercle, impossible de conserver une information très longtemps et encore moins de garantir comment seront traitées les informations dites sensibles et strictement réservées. On a pu interpréter l’intervention de SBF comme un test sur les critères de validité ainsi qu’une mise à l’épreuve des méthodes d’autogestion utilisées face à la réalité du terrain. Sur la sellette et confrontée aux diverses récupérations de données à intégrer, les procédures utilisées par tous les groupes donnent en effet des indications sur les mécanismes latents de traitement de l’information et révèlent également les attentes (cf. recap. Lorsque les premiers apocryphes revendiqués ummo apparurent en faisant explicitement référence à la dite communauté ummo-sciences (document NR-x) c’était un moyen de relancer un pseudo contact et d’observer l’évolution des crises inhérentes à la perception d’un phénomène culturel de récupération de nouvelles données labellisées et de restitution dans un discours explicatif de traduction. On mesure ainsi l’acculturation, cette transition d’un univers du discours vers un autre, avec ces pillages lexicographiques, ces récupérations de notions nouvelles traduites avant assimilation, ainsi que l’étendue des attentes pédagogiques individuelles vis-à-vis d’une dynamique collective de construction d’un nouveau jargon par répétition de nouveau mots clés.