RECENTRAGE COMMUNAUTAIRE
Un sentiment de méfiance s’est diffusé à la suite des interventions de SBF, à partir de l’interprétation de ses postages et une relecture des échanges. C’était une remise en question de la liberté de parole dans un environnement ouvert à la participation effective des agences de renseignements, ce qui n’était pas sans causer quelques inquiétudes pour ceux qui croyaient naïvement que l’appel aux destinataires serait sans conséquences. La révélation de l’existence de groupes de destinataires organisés et totalement inconnus ne se fera pas sans la mise en œuvre de moyens d’interception et d’écoute. Le sujet est pris au sérieux par les institutions et ne laisse pas la place à l’amateurisme, s’il y a une avancée dans ce domaine d’enquête au carrefour du secret d’état, du renseignement scientifique et du contrôle social, il ne pouvait pas en être autrement et une veille de cette nature est plus que probable.
La tonalité des débats prit un tour nouveau, il y avait toujours en arrière plan cette notion de participation d’acteurs non identifiés d’horizons très variés qui n’étaient pas là pour assouvir une simple curiosité mais pour décortiquer le moindre indice, une quelconque confidence au détour d’une conversation, tout ce qui pouvait servir remonter aux sources pour l’intérêt particulier. De là, on peut comprendre la succession de scandales récurrents portant sur des accusations de collaboration d’espionnage, de dénonciation de tentatives de privatisation du dossier ummo, litiges sur le copyright et la traduction.
La précipitation était découragée, il était utile de prendre son temps avant de s’engager, l’appel aux destinataires s’il devait aboutir nécessiterait un temps d’observation et une prescription pour se préserver d’une agitation qui ferait baisser l’attention dans un excès de confiance. Cela détonnait avec l’atmosphère d’émulation collective des débuts et mis quelques intervenants en face de contradictions apparentes. Prendre son temps et travailler sur une structure coopérative flexible et durable semblait donc la meilleure des choses à faire pour une plateforme d’étude collaborative sur internet. Avant de lancer une opération de collecte de renseignement à grande échelle il était plus pragmatique d’apprendre à s’organiser et de stabiliser une dynamique de critique. L’idéal étant de proposer une instruction du dossier ummo dans un sens pseudo juridique, c'est-à-dire à charge et à décharge et peut être à cette occasion, lancer un appel aux destinataires.
SBF par ces agissements pointa du doigt les difficultés probables d’un traitement futur du dossier tel qu’il était organisé au départ. Les analystes qui ont diffusé leurs idées, loin de proposer une véritable exégèse, ont eu toutes les peines du monde à organiser un examen systématique et rigoureux des facettes du dossier, à gérer le cycle (extraction des données – étude de l’information – communication des résultats) dans le cadre d’une représentation des connaissances avec des méthodes qui ne soient pas improvisées et guidées par la passion. Un appel raisonné pour porter toute son attention sur les affres d’une exploitation d’un dossier insolite et son impact médiatique vers le public profane, les initiés très réservés, les destinataires que l’on souhaite faire participer.
Au cours de l’année 2003, les oppositions se firent plus nombreuses à propos de l’initiative ummo.sciences, sur la fiabilité d’un projet d’étude publique. Les ardeurs s’atténuèrent après une querelle qui opposa des visions différentes. Le débat s’est cristallisé autour de JPP-AJH-JP, qui marqua une scission profonde entre objectifs à court-terme, applications scientifiques et visées sociopolitiques. Le rêve insensé de mettre la main sur l’hypothétique ¾ semblait s’éloigner de plus en plus, l’attention médiatique s’est orientée un temps vers la résolution des scandales ou leur étouffement. C’était une période de forte agitation qui mis en péril la sérénité d’observateurs et démontra une fois de plus que l’on avait sous estimé les effets collatéraux inhérents à l’exploitation des informations issues de ce dossier.
A la lumière de ces événements, on pouvait comprendre les réticences de possesseurs de lettres, d’anciens membres de groupe de contactés de s’exposer même anonymement. La confiance était grandement réduite du fait des heurts persistants entre les divers mouvements qui devenaient par la force des choses, autant de lignes de politiques culturelles différentes sur la perception de l’affaire ummo, avec autant de stratégies sur la manière d’en extraire une information pertinente. Une révolution culturelle émergeait du regroupement de nouvelles forces de travail, c’était nouveau et pas du tout maitrisé. Une phase d’organisation était nécessaire, cette période d’accalmie permis à chacun de se reconstruire, de prendre de la distance et d’établir de nouvelles capacités communautaires.