APPREHENDER LES GROUPES DE CONTACTES
Recevoir des lettres supposées extraterrestres n’est pas chose courante. Les destinataires s’ils n’avalisent pas les affirmations peuvent tout autant archiver ces rapports insolites que simplement jeter à la poubelle des feuillets jugés invérifiables où relevant de la fantasmagorie. Ce point est important, il exprime un jugement personnel sur la façon dont les destinataires appréhendent la réception de ces documents. Cette prise de conscience peut se faire dans l’indifférence, la curiosité, le mépris alors que pour d'autres cette perception serait à l'opposé, les documents seraient considérés comme utiles avec des données importantes et un contenu quasiment jugé comme un patrimoine de l'humanité. Lorsque l’expéditeur est anonyme, le ou les destinataires ont la liberté d’exploitation totale et donc la propriété intellectuelle. Cela peut aller très loin, imaginons qu’un destinataire accumule depuis des années une importante documentation ainsi que des indices associés à la réception. Il a la liberté d’en faire ce qu’il désire dans la limite où il n’est influencé par aucune force négative et qu’il conserve sa liberté de pensée. Il peut transmettre cet héritage, en restreindre l’accès par un archivage, le détruire, en faire une diffusion confidentielle selon sa convenance, appliquer des procédures de secret. On imagine aussi que le processus d’acceptation de cette documentation s’achève avec un changement de perception du phénomène, une altération ou une disparition de la motivation de départ. Que faire alors avec ce qui peut ressembler à un cadeau empoisonné ?
Chaque destinataire désigné comme contacté a ses propres limites psychologiques. Il y a toujours un temps où le questionnement sur l’origine fait place à de l’impatience et de la révolte surtout lorsqu’il y a un travail intense de réflexion pour le traitement des nouveaux documents. C’est ce qui se produit fréquemment, ils n’eurent plus la patience d’attendre un retour plus concret de la part de la source vu les périodes de temps en jeux qui s’étalent sur des décennies. Ils n’acceptèrent plus le rôle du destinataire docile et corvéable dont la seule motivation donnée en échange est cette fameuse phase de rapprochement décrite comme une promesse. Il se produit alors une transmission de documents, une passation de relais avec de nouveaux venus, plus à même de poursuivre la tache initié par les prédécesseurs.
La probabilité d’une transmission de savoir en provenance d’une source indéterminée provoque la plus grande perplexité lorsque ce contenu est opératoire et sert de point de départ pour un travail de recherche scientifique de haut niveau. Le destinataire même s’il n’adhère pas à l’hypothèse E.T. peut douter et son malaise augmenter lorsque la part de mystère et d’indécidable déstabilise le système de croyances personnel. Il se produit un renversement de tendance, la promesse de contact devient un frein et renverse le point de vue, l’intérêt change complètement pour provoquer un comportement de déni et de rejet.
Cette espérance du contact sur le long terme est cause d’altérité et de mal être. Il empoisonne les relations avec d’autres contactés car ils sont perçus comme des rivaux potentiels. Il remet sans cesse en avant la question des origines des auteurs et de leurs motivations. Il favorise des constructions mentales et des rêveries d’intimité avec une présence E.T. avec pour corollaire une participation à un réseau d’échange aux capacités d’action démesurées. La déception est d’autant plus grande lorsque qu’il n’y a pas de retour d’information pour contrebalancer les utopies. La résolution de toutes les contradictions se produit toujours durant une phase de crise psychologique. Une profonde remise en question qui remet brutalement en face d’un mur de contingences, loin des préoccupations théoriques et des attentes déçues. La crise joue sont rôle de contrepoids et ouvre une période de retrait pour se reconstruire.
Sur le terrain, lieu des relations interpersonnelles, la passion est limitée par les relations avec ceux qui ne connaissent pas le sujet et qui sont rétifs à toutes sortes de confrontation avec l’insolite. Un destinataire peut ainsi être sollicité en secret et vivre normalement comme si de rien n’était. Il en va autrement lorsqu’il existe une véritable chasse au trésor ayant pour cible tous les possesseurs probables, les héritiers de documents ummites. Lorsque les archivistes se retrouvent pris dans une traque pour la course aux origines dont le seul but est de se rapprocher au plus près du secret. On suppose que le destinataire une fois démasqué perd en quelque sorte son immunité et son insouciance. La réalité ne le protège plus et il ne peut plus se positionner dans un état d’équilibre affectif. Cette violation de l’espace vital et de la liberté peut être mal vécue surtout lorsqu’il y a une insistance pour le faire plier aux demandes répétées : réduire la volonté du destinataire récalcitrant, le rallier à sa cause ou le convaincre par tous les moyens disponibles. Le contacté ne peut pas être l’objet d’attention sans qu’il y perde de sa liberté. Proposer une ouverture au dialogue pour échanger des informations sur tous les fronts n’est peut être pas le meilleur moyen pour l’équilibre affectif et social.
Une autre difficulté apparaît lorsque le destinataire devient l’enjeu vital pour une course à la vérité. On n’attendra plus de lui une liberté de parole et d’action mais qu’il se plie à une passion collective pour l’accession à une phase de révélation. Espoir insensé qui signifierait que les attentes des analystes - enquêteurs soient satisfaites par le seul acharnement à fournir une preuve pour valider ou invalider des doctrines personnelles tout en menant de front une dialectique qui place l’érudition du corpus comme une qualité de rationalité. C’est vouloir sans s’en rendre compte que la réalité se plie à ses propres volontés et que la source dans un mouvement d’acceptation réponde pour satisfaire les questionnements. On oublie bien vite tout l’objectif manipulatoire de la source, l’aspect d’expérimentation microsociale avec des sujets pris comme échantillon d’un groupe, et le malaise des destinataires pris comme cobayes d’un criblage plus intensif.
Retrouver les destinataires est un objectif délicat car les possesseurs de lettres ummites authentiques, et plus encore s’il est un contacté. La divulgation ne peut se faire sans son aval. Une alternative consiste à l’inciter à franchir le pas en direction de la semi confidentialité, pour s’ouvrir progressivement vers un réseau d’étude publique. Le forcer à faire le pas dans le cas où il serait victime d’une dénonciation ne peut que le rendre encore plus méfiant. Forcer son consentement serait contre productif et remettrait en cause son modèle d’organisation et d’action. Si ce dernier évolue entre une activité collaborative organisée autour d’une coordination supposée extraterrestre et un effort de traduction pour élaborer des retombées scientifiques utiles, provoquer sa participation est un moyen indirect de le priver de son champ d’activité confidentiel, de briser la barrière de confidentialité qu’il affectionne et dans laquelle il se sent à l’aise. Dans le pire des cas se serait faire de lui un objet qui servira à mettre en place une opération d’espionnage.
Une solution a pu apparaître pour répondre à toutes sortes de provocations menaçantes. La construction d’une opération de couverture, pour gagner du temps et réorganiser toutes les activités clandestines. C’est celui du geste symbolique de libération d’information pour calmer les ardeurs et réguler un flux d’attentes disproportionnées. Prenons l’exemple d’un groupe secret de contactés (destinataires authentiques) qui s’estime menacé dans son intégrité ou en passe de subir une atteinte. Il a la possibilité de répliquer dans un souci de préservation de ses intérêts vitaux sans demander l’aval de la source. L’autonomie est revendiquée et sert probablement un objectif singulier dont le principe fondateur n’est pas précisément décrit dans le corpus rendu publique, et porterait sur des retombées pratiques dont personne n’a encore idée et qui ont largement dépassé le stade d’une étude de premier degré de documents dactylographiés. Comment ce groupe peut-il communiquer sans se compromettre ? Comment peut-il expliquer une nouvelle orientation des activités des contactés et démontrer que l’essentiel ne se trouve pas dans des rapports écrits mais dans ce qu’en font les destinataires ? On ne peut plus séparer naïvement l’expéditeur de sa relation avec son destinataire par une réduction au seul contenu épistolaire.