REDEFENIR LE CONTACTE
Imaginer le fonctionnement d’un niveau d’ordre inaccessible, tel est l’obsession qui touche les spécialistes. Une activité loin d’être rentable qui n’est pas identifié comme un problème. Etre pris dans une rêverie consciente, entretenue par une mythologie sans que l’on ait le moindre élément concret. Ce qui touche à la genèse des documents devient le point d’arrivée d’un périple dont l’issu n’est pas certain. Au point où l’on peut dire « ce qui compte n’est pas d’arriver à destination mais de remporter des victoires en cours de route ». L’important n’est pas d’arriver au but mais de voyager le plus longtemps possible. Ce périple n’est pas vécu de la même manière par ceux que l’on finira par appeler plus tard des « contactés ».
Que peut bien être un bon contacté pour un générateur d’événements supposée E.T. ? Quelqu’un de probablement prévisible et manipulable qui suit les recommandations au plus près jusqu’au zèle. Dans ce cadre, la gestion de la personnalité se fait sans anicroche, les procédures de contrôle peuvent se faire en temps réel et passer par des ajustements pour trouver le meilleur seuil d’ingérence et de stimulation. Lorsqu’il y a simulacre de communication cela sert de séance d’édification, pour marquer l’esprit et entretenir la possibilité d’une reprise de dialogue ou de contact informel. Les variétés des personnalités et l’expérience unique de chacun induit nécessairement une réponse différente pour un même stimulus. Dans le cas de l’affaire ummo nous avons principalement comme outils de communications des échanges épistolaires (dactylographiques, imprimées, électroniques) et plus rarement des échanges plus directs (conversations téléphoniques, rencontre de près). L’échange épistolaire est le noyau sur lequel s’articule toute la construction d’échange et de dialogue. Il est construit pour rendre opaque l’identité des auteurs et incertaine la notion d’extraterrestrialité. Tels qu’ils sont commentés par les auteurs eux-mêmes, les éléments de doute et désinformation sont volontairement introduits comme technique de déception ou de détournement d’attention. Aucune preuve ou démonstration n’est proposée qui aiderait à construire une preuve directe de leur existence. Il n’existe que des indices indirects qui marquent par leurs étrangetés. Sur ce point il y a consensus, les lettres sont un catalyseur d’une réaction initié qui sert des intérêts inexprimables.
Cependant, il y a une prouesse littéraire, l’adoption d’un format d’édition et un style académique difficile, premier niveau d’exigence qui pousse le lecteur à s’immerger dans cette prose et faire un effort de perception et d’interprétation. Sur le long terme et pour les érudits, il y a des informations implicites à découvrir, jeux littéraires à tiroirs, messages cachés a décoder. Le médium devient le message, de cette mise en forme dépend l’impact à court terme et l’usage qui en sera fait sur le long terme. Le style importe pour juxtaposer des informations sur plusieurs niveaux ainsi qu’une dissémination des connaissances sur l’ensemble du corpus. De quoi travailler sur la reconstitution d’un univers dont les règles de cohérences sont à redécouvrir.
Prenons un exemple simplificateur, d’un coté le destinataire providentiel que l’on désigne pour faire simple de « contacté » et de l’autre le destinataire qui brise les conventions et surprend par son projet personnel et une personnalité atypique, il endossera le terme d’« anti-contacté » (préfixe « anti » comme pour la définition de l’antihéros par rapport à l’héros). Ces deux désignations prises comme des extrêmes opposées permettent d’imaginer toute les nuances d’agencement d’états émotionnels et de traits psychologiques. Prenons un autre raccourci pour décrire deux oppositions comportementales, un état dit « prévisible » en opposition à un autre dit « rebelle ».
Définition du héros par wikpédia :
L'antihéros est le personnage central d’une œuvre de fiction lorsqu’il ne présente pas les caractéristiques du héros conventionnel.
Il peut s’agir d’un personnage qui n’effectue pas une noble quête, ou n’est pas animé de sentiments altruistes, est mauvais, etc.
Il peut aussi s’agir d’un « bon » héros, mais ayant des caractéristiques physiques loin d’être celles que l’on devrait lui reconnaître d’après son rôle (par exemple : le poids, la taille, l’apparence, une certaine condition physique, psychologique ou un handicap quelconque). Le personnage peut aussi devenir « héros malgré lui », en accomplissant des exploits sans pour autant chercher la gloire ou la justice.
L’antihéros est cependant aussi, assez souvent, un héros, en ce sens que, « héros malgré lui » ou « personnage sans quête », il peut au cours des péripéties auxquelles il est confronté, réaliser des exploits qualifiables d’héroïques, serait-ce à son corps défendant.
Dans les représentations du monde moderne, dans lesquelles la figure héroïque a disparu (voir désenchantement du monde), l’antihéros peut tenir des identifications telles que le has-been ou le maladroit attachant.
Toujours selon notre exemple un peu simplificateur, nous obtenons 4 typologies par une simple combinatoire qui si on applique notre formule précédente representes les extrêmes d’un espace de représentation. Nous avons donc le contacté-prévisible, le contacté-rebelle, l’anticontacté-prévisible et l’anticontacté-rebelle. En apparence, nous décrivons un état comportemental dans lequel la définition du contacté n’est plus aussi naïve. C’est ainsi que pourrait se décliner les comportements les plus étranges, donner des indices sur l’extrême méfiance et l’apologie qu’un réseau peut entretenir en son sein. Précautions et défiance vis-à-vis des membres entre eux et vis-à-vis des personnes extérieures à la communauté qui fonctionneraient au fil du temps comme un réseau dynamique en reconstruction permanente. Nous pouvons aussi nous faire une petite idée des différents comportements grégaires susceptibles de se révéler lors d’un contact prolongé ou d’une communication dite « privilégiée ». Comment se ferait le recrutement dans de telles organisations ? On suppose qu’il existe un pré requis, un contrat de confiance qui s’élaborerait à la périphérie du réseau de contacté en vu d’introduire dans ce champ d’activité hautement spécialisé un nouveau membre. L’efficacité de cette cooptation est envisagée sur des décennies pour une seule personne et si elle est parfaitement coordonnée donnera du fil à retordre à tout enquêteur.
On aurait pu penser qu’une partie des documents dit « sensibles » appartement au corpus caché ou latent ferait un jour surface. La quête des sources est donc un enjeu majeur et très stratégique. Il est maintenant illusoire de forcer la main et de croire que l’on arrivera à un résultat constructif par une pénétration par la mauvaise face du réseau, celle qui passe par l’intervention d’informateurs et d’agentes infiltrés et par les opérations d’agitprop ovnistes.
Toutes les espèces de déstabilisation non ciblées se révèlent inefficace puisqu’il n’y a pas de modèle de communication ostentatoire, pour défricher le corpus étendu il y a nécessairement à la fois un cloisonnement de l’information et une rétention d’information. A cela s’ajoute les techniques d’évitement et de déception dont le but est de protéger les personnes et les données de toute divulgation accidentelle. Un groupe de contactés actifs est régulé par des superviseurs avec un management bicéphale avec un composant hiérarchique membre du réseau et une source extraterrestre. Un contrat liera les membres entre eux pour conserver le secret sur les projets en cours et les actions de chaque partenaire. La menace de ne se faire exclure n’est plus l’arme de dissuasion car sur des décennies nous auront inévitablement des défections, des retraites ainsi que des abandons, malgré cela le contrat n’est pas brisé ce qui constitue une différence de fonctionnement par rapport au groupe de Madrid.
On imagine bien qu’il y a une capacité organisationnelle encore inconnue, si une telle organisation de réseau existe, elle a des qualités de contrôle et de discrétions importantes qui subsistent au-delà de 3 décennies. On est très loin de la situation de Madrid, d’un groupe construit comme une unité d’expérimentation microsociale sur un échantillon de population de profanes comparativement à une autre population de savants. Le credo de ces nouveaux groupes serait « éviter de se faire reconnaître » même si cela joue au détriment de la compréhension des actions de communication que ce groupe peut entretenir avec d’autres entités de même nature. La responsabilité de la gestion des contacts extérieurs entre différents groupes serait partagée entre la source extraterrestre et des cadres spécialement formés qui agiraient dans un espace réglementé.
Cet excès de précaution et le contournement systématique de tout risque latent est potentiellement destructeur pour une liberté d’expression dans le champ social. Le prix de la tranquillité ne serait pas un vague projet mais un véritable sacrifice. On imagine bien que les membres doivent éviter à tout prix de révéler des activités de recherche inspirées du phénomène ummites et qui en somme porterait une attention démesurée si des développements concrets en étaient directement issus. Sous le couvert d’une certaine normalité sociale, la discrétion devient un principe moteur qui s’enracine comme une tradition. Dans le cas d’une révélation hors normes qui ne peut pas être évitée on préféra la redéfinition des nouvelles données dans un cadre formel acceptable plutôt que d’évoquer l’idée d’une stimulation intellectuelle à connotation extraterrestre.
L’entourage familial et professionnel qui constituent l’environnement quotidien du contacté n’est pas supposé être dans la confidence. Ne serait-ce que pour éviter un embarras inutile et un continuel questionnement issus de suspicions. Pour traiter cette difficulté on organise une gestion du secret qui opère à deux niveaux. Le premier niveau repose sur une procédure de renforcement de la normalité. Il s’agira d’établir une couverture solide à d’éventuelles enquêtes intempestives. L’autre niveau est constitué par un espace de travail et d’intervention limité qui fonctionnera comme une zone de confinement. Le but de ces deux niveaux de sécurité sera d’éviter les interférences entre ingérence clandestine d’inspiration ummite et contribution régulière et normalisé dans le réseau social. Ces deux niveaux sont opposables et exclusifs ils ne devront jamais entrer en contradiction. Un ensemble de procédures structure cette double vie et permettra avec plus ou moins d’efficacité l’essor d’une réflexion parallèle et donc d’une recherche scientifique clandestine. Il n’y aura ni contraintes ni violation de la liberté seulement une source d’inspiration qui n’est pas identifiable et qui restera indirecte sous peine de ne pas être accepté par l’entourage.
Pénétrer l’intimité du contacté revient à décrypter une initiation avec son lot de rites initiatiques. Ce sont autant de sacrifices personnels, de souffrances et de jalons pour progresser aussi dans une recherche sur soi. Cela diffère d’une rencontre fortuite avec un phénomène étrange qui s’impose à la vue. Ici ce qui est considéré comme important, c’est l’effort intellectuel qui devient le terrain de la rencontre, le lieu de toutes les expérimentations. L’entourage du contacté n’est pas forcement au courant de cette vie secrète et des mécanismes intellectuels qu’elle supporte. Cette isolation relative est un mal à supporter car conserver ce secret peut ronger l’esprit. A la recherche d’un exutoire le contacté dans un geste de libération à la limite de la confession trouvera un exutoire en rédigeant des apocryphes ou agissant dans une politique concerté de divulgation progressive, de révélation calculée. Ce seront des moyens détournés pour éviter de trop en dire, de parler de préoccupations importantes par une diffusion contrôlée qui ne remontera jamais vers la source.