CONTROLE DE L’INFORMATION

 

Sur Internet la dépersonnalisation facilite une liberté de parole ainsi que l’essor de comportements pulsionnels. Une mise en retrait de tout débat de la part de la communauté des contactés a pour but d’éviter des débats stérils et des conversations illimitées qui ont eut de chance d’aboutir sur une débouchée. Dans la vie réelle une rencontre reste possible avec un contacté mais dès que l’on touche le point sensible de la ressource extraterrestre c’est la crispation et le repli. Faire changer cette attitude de méfiance pour établir le dialogue ne peut pas se faire sans l’utilisation de mesures limitant tout dommage collatéral.

 

On contrôle certainement mieux le flux d'information derrière une interface qui dépersonnalise et soustrait de tout engagement personnel. L’affaire SBF / Ummo retrace une situation de communication construite autour d’une personnalité à tiroir qui est finalement le simulacre de messages générés autour d’une composante psychologique simulée. L’effet de ce mode d’expression est de donner à partir d’un même canal la possibilité d’ajuster les styles littéraires selon la personne à laquelle on s’adresse. Cette interface agit comme une boite noire de laquelle sort un flux unique qui se révèle être la somme de plusieurs influences intellectuelles.

 

Plusieurs discours sont donc portés par une personnalité artificielle qui assumera au cours des échanges son statut d’interface protocolaire d’échange. Il y a tout un univers de combinaison littéraire et de distanciation au travers d’indirections qui masquent les véritables identités, simulent des profils psychologiques et des caractéristiques lexicographiques. L’enjeu est de relier dans un même flux de données, différentes stratégies de transmission de connaissances. Au cours des interventions sont fournis des indices d’autoréférence et de métacommunication, des jeux d’esprits pour marquer ostensiblement cette génération artificielle du discours. C’est ainsi que les interlocuteurs de SBF ont eu du mal à supporter ce processus de changement systémique dans lequel se développe un univers du discours différent pour chaque personnalité simulée. Chaque intervenant simulé possède un ton qui lui est propre, change de ton selon le contexte interactionnel, le lieu de l’échange et utilise des marqueurs linguistiques, qui utilisés à bon escient sont des outils de désorientation, pour brouiller les pistes des enquêteurs qui cherchent une identité unique, pour brouiller les pistes et orienter vers des fusibles informationnels.

 

L’effet général de cette indélicate mixture des genres pour le lecteur lambda est une difficulté de lecture et une confusion qui sème le trouble après une transmission d’un savoir utile. L’analyse de conversation est extrêmement difficile et ne révèle rien sur les éléments cachés de la communication, une composante implicite liée à la vie d’autres acteurs engagés dans l’affaire n’est pas directement accessible. Impossible alors de saisir le cheminement intérieur et les intentions et encore moins de pénétrer l’intimité d’une pensée. La véritable intention est ainsi mise hors de portée de toute investigation pour ne laisser transparaître que l’illusion d’un profil psychologique comme la pointe de l’iceberg qui perce la surface.

 

Apprendre de nouvelles choses ne devrait pas fondamentalement nous changer sauf lorsque l’on est intimement interpellé dans ses convictions par le secret de la genèse des documents ummo et que l’on tend à se rapprocher de cette une zone trouble où la frontière entre l’activité scientifique et l’insolite n’est plus régulée par une norme rationnelle de référence mais par l’intuition personnelle. C’est comme pénétrer un espace de non droit où la valeur d’un document importe plus que l’équilibre psycho affectif de l’apprenant, du curieux, du chercheur de vérité. Il n’y a plus d’évidence sur laquelle se reposer, seul subsiste dans le meilleur des cas cette force des convictions, l’effort personnel d’investigation et de raisonnement que l’on peut opposer aux préjugés sans fondements. Malheureusement la complexité du phénomène entraîne une confusion d’autant plus grande que l’on peut difficilement avant tout jugement, procéder à des vérifications rigoureuses sur la fiabilité, le contenu et la vraisemblance des données émises pour la réflexion. C’est là que réside le premier défi de l’interprétation.

 

Trop de problèmes sont à gérer lorsque l’on traite le corpus, la fiabilité des sources, le respect des contactés les plus impliqués, la gestion d’une intimité avec la source et le traitement scientifique des informations. Comment faire pour construire au dessus de cette tâche immense une politique d’ouverture ou de relation publique ? Tous ceux qui gravitent autour des lettres ummites peuvent connaitre le dénigrement face à un entourage qui refuse de discuter sur le pouvoir attractif de cet objet littéraire particulier et plus encore de confronter les arguments pour un débat sur des idées constructives. Tâche quasi impossible lorsque cela touche des amateurs passionnés, des curieux ou observateurs de tous horizons. La confrontation avec le public profane aboutit à des discussions stériles qui ne sont plus à la hauteur de l’investissement scientifique personnel ou du travail engagé pour l’interprétation. Il s’ajoute des schismes doctrinaux et des oppositions qui dépassent le cadre original de la discussion pour empiéter sur la vie privée. Pourquoi alors s’engager sur la durée pour participer à une confrontation d’idées qui ne sera vraisemblablement pas traitée dans toutes ses facettes et qui dans bien des cas tournera au fiasco. On comprendra aisément pourquoi les contactés de la première heure et les membres actifs des groupes secrets prônent comme une règle opératoire un comportement d’évitement.

 

Lorsqu’une communauté de destinataires travaillent sur des documents apocryphes ou supposés ummites, l’entraide bat son plein, créant autant une émulation de groupe qu’un sentiment de réclusion. Cette possibilité de fermeture est déjà annonciatrice d’un risque d’auto-intoxication et de pertes de repères. La meilleure mesure préventive serait un autodiagnostic des dérives comportementales et une surveillance collégiale des membres entre eux. Toute cette cohésion participerait à la vie de cette société secrète avec ses rites, son éthique et ses productions théoriques et appliquées. Une fois cette recherche de stabilité sociale retrouvée nous pouvons imaginer notre contacté face à d’autres attentes. Comment gérer le public intéressé par les mêmes centres de recherche et d’intérêts, ce conglomérat hétéroclite de lecteurs captifs, de sceptiques de tous poils et d’amateurs plus ou moins éclairés. Que reste t-il pour une diffusion graduelle et comment parler sans se trahir? Quelle limite trouver entre l’insatiable soif d’en connaître et le respect de la personne humaine et de son intimité ? Le nœud du problème réside dans une qualité d’échange et d’une interaction capable de faire progresser mutuellement autant le sujet soumis à l’enquête que l’observateur, car la curiosité ne peut plus être l’unique motivation. L’équilibre se trouve dans une relation donnant-donnant et c’est ce genre de relation qui trouve la meilleure des voies pour une relation future entre destinataires contactés et groupes d’étude ouvert au débats public.