MARIONNETTISTES
Le protocole SBF se décrit à la fois comme une interface d’échange et l’extériorisation d’une personnalité mosaïque représentant des interventions uniques ou multiples imbriquées. On y croise ou identifie de possibles contactés, des supplétifs simples informateurs, d’anciens destinataires ayant vécu les rebondissement successifs de l’histoire ummo, du personnel sous contrat tels qu’il en existe dans l’entourage de la source, des analystes ou scientifiques affiliés à la communautés de destinataires et recrutées pour des missions ponctuelles, une intelligence artificielle utilisée comme générateur conversationnel, un extraterrestre qui organise un plan d’ingérence en coordination avec son homologue terrien qui le fera appliquer dans le cadre d’une supervision coopérative. En haut de la chaine de décision, une source inconnue qui déploie un large éventail de combinaison de talents pour faire travailler ensemble différents groupes ou personnalités. Nous sommes dans un jeu de marionnettistes où on ne sait plus qui tire les ficelles de quoi.
Cette étrange mise en scène fit sensation parmi les lecteurs et les commentateurs de l’affaire SBF/ummo. A quoi pouvait donc servir cette mascarade et cette prise de parole complexe et organisé dans une orchestration des plus insolites ? On pouvait ressentir cette volonté de faire réfléchir mais surtout de provoquer une émotion conduisant à une succession de conduites rationnelles et irrationnelles étroitement imbriquées. L’occasion alors de mettre à nu les schémas de croyance, de réfléchir par exemple sur la phénoménologie de la perception et les mécanismes de l’interprétation en situation d’autoréférence dynamique, comme pourrait le faire un lecteur en situation d’apprentissage qui prendrait appui sur ses propres convictions et croyances pour construire ses décisions. Explorer ensuite la carte cognitive du lecteur, faire une étude de la façon dont se construit cette perception limitée de l’environnement informationnel à partir duquel s’échafaudent les discours. Au vu de la difficulté de remonter aux origines et de poser un diagnostic définitif sur les auteurs, le lecteur emporté par une lecture qui lui ouvre par l’imagination un univers culturel cohérent, peut à l’occasion par facilité transposer le fruit de ses efforts de reconstitution par l’imagination dans le cadre d’une phénoménologie vraisemblable. Il y alors une dérive non perçue entre la valeur d’une représentation imaginée et celle qui est établie et vérifiée par des faits observés
N’ayant accès qu’à une quantité limitée de l’information disponible, il était dérisoire et superflue de proclamer une posture totalisante et vertueuse alors que le bon sens, le doute constructif voudrait que l’on avance en décrivant ses observations comme unité de mesure en construction convergeant vers plus d’objectivité sans pour autant l’atteindre. C'est-à-dire un corpus de résultats issus de la recherche est susceptible de correctifs, de mise à l’épreuve avec le réel. Il n’était pas alors question de position relativiste ou subjective mais d’un postulat dérivant d’une épistémologie compatible avec la pensée ummite, c'est-à-dire fonctionnelle, nominaliste, unitaire, décrivant d’une métathéorie reposant sur elle-même dont la lecture ressemble à un procédé récursif de démonstration.
Nous avions à faire à un objectif didactique qui devait s’il voulait fonctionner reposer sur les mécanismes de résistance des communautés disparates qui luttaient entre elles pour accéder à plus d’information. Utiliser les pulsions humaines pour servir simultanément divers objectifs. Proposer un tableau vivant qui serait alternativement et contradictoirement le fruit d’attaques virulentes et l’objet d’une acceptation respectueuse. C’est tout à la fois étrange et insolite, le signe avant coureur d’un style d’intervention à la fois mal perçu et mal identifié.
Dans la littérature ovniste, il existe un style de communication qui utilise des éléments d’autodépréciation fourni par la source comme les germes d’un mécanisme à retardement pour faire de la dissonance cognitive. C’est celui de l’information invraisemblable noyée dans un message cohérent à la portée universelle. Un message articulé autour d’une révélation, d’un secret et construit pour se dupliquer par répétition à des fins de sensibilisation et s’autodétruite lorsqu’il y a risque d’une validation trop choquante ou de diffusion massive. On retrouve souvent cette technique du principe auto-discréditant dans la littérature ummite. Un flux d’information primaire exploitable et en parallèle des données qui sèment un doute et altèrent le contexte d’analyse aussi sûrement que la découverte de loufoqueries dégrade le sérieux et la continuité logique du récit.
Dans le cas de l’affaire SBF/Ummo nous avons eu la dégradation des messages électroniques parsemés quelque fois d’erreur de conversion de jeu de caractères, des fautes de frappes et de français. Erreurs risibles quand on étudie la complexité des échanges et l’effort littéraire. On peut penser qu’il s’agit de faire du mimétisme et de se fondre dans des particularités microsociologiques sans trop se faire remarquer dans un premier temps, ce qui fonctionna au commencement des interventions et ensuite au fil de la montée en tension des débats, à ajouter une note d’autodérision et dévalorisation. Ce qui explique la réaction de lecteurs pris au dépourvu lors de la lecture de « la lettre du 18 janvier » et déclarer que la prochaine fois, malgré la qualité littéraire, ils ne considéreraient plus extraterrestre un message qui ne serait pas passé par un comité de validation pour en faire une expertise. Cet incident relança le débat entre savoir profane et savoir savant, avec le jugement de spécialiste qui exigeaient pour de prochaines missives un comportement irréprochable qui devrait correspondre à leur propre méthode d’authentification dans une ligne de conduite correspondant à un passé révolu. Fantasmagorie insensée qui reviendrait à mettre la charrue avant les bœufs, à exiger que la continuité des échanges se déroule selon des projections que l’on imagine et qui soient respectées par la source.
Face à ces croyances sur les intentions de la source, il est alors possible de construire une provocation qui fera contre-pied, de semer les germes de la dissonance cognitive en introduisant par exemple, pour l’affaire qui nous intéresse, des néologismes alambiqués et des fautes d’orthographes. Ce qui aura pour effet de provoquer des réactions insolites des experts patentés : « le prochain message s’il doit être authentifié de source E.T. devra être exempte de fautes » même si le message « contient des éléments intéressants de nature à provoquer le doute il doit respecter nos conventions de validation », que les E.T. se le tiennent pour dit et en tirent les conséquences car « s’ils se comportent comme ça ils n’ont qu’a rentrer chez eux ». Ce sont un des exemples de réactions à l’emporte-pièce et irrationnelles qui ne tiennent pas compte des nombreuses facettes de la phénoménologie et pousse la prétention des lecteurs savants – qui se reconnaissent comme animateur du débat publique - bien au delà de ce qu’il est raisonnable d’attendre d’un jugement circonspect. Il est donc possible même pour une source dite authentique d’utiliser ce schéma bien connu pour semer les graines du scepticisme tout en apportant des indices concrets pour faire progresser la réflexion.
Malheureusement les experts qui se disent éclairés affirment pouvoir prévoir et valider l’authenticité de certains documents sur une base qui n’est jamais clairement démontrée puisqu’elle fait appel pour une grande part à l’intuition. On peut douter alors de l’utilité de tout exercice de validation puisque que le but de la source n’a jamais été de faire plaisir aux destinataires. Nous sommes plutôt en face d’un objectif qui suit une intentionnalité propre et qui échappe à la prédiction et à la perception directe. Il n’y a jamais eu de scénario prospectif et indicatif émanent de la source pour un échange prévisible sur la base des expérimentations passées mais seulement des marqueurs lexicographiques et des signatures servant de références pour les échanges. C’est devenu un réflexe que de reproduire les méthodes d’analyse passées et d’échafauder des aprioris. Le lectorat spécialisé ne peut pas imaginer comment va évoluer le projet de communication mais s’attend en toute probabilité à un respect des conventions soutenu et répété au fil du temps. Ce qui est paradoxalement un excès de confiance vis-à-vis d’une source qui a mainte fois exprimé son désir de multiplier les interventions hors normes, justifiant ainsi sa position d’observateurs des comportements humains, d’expérimentateur sur des sujets avec ou sans leur accord, tout en distillant une justification éthique. L’incapacité à prévoir les réactions des auteurs est une faille majeure pour la prospective. Il induit un conditionnement pour une norme littéraire des rapports d’intervention d’un lointain passé pris comme une référence immuable. Les destinataires s’y préparent ainsi que le lectorat spécialisé mais la source à la liberté de suivre des règles qui ne sont pas connues. Ce qui est à craindre c’est une attitude de passivité et d’attentisme qui s’installe alors. Lorsqu’il y a un événement qui s’écarte un peu trop de ce qui est connu, d’une norme imaginée par l’interprétation au premier degré des documents, c’est l’inadaptation du lectorat d’expert qui est prise en défaut et par là même toute la communauté qui gravite autour d’eux.
La source dont l’objectif reste hors de portée, possède des ressources pour surprendre et des moyens qui lui suffisent à maintenir un engagement social adapté à l’époque et au lieu. Il est mentionné à plusieurs reprises la possibilité d’interventions alternatives dans le seul but de contrôler la diffusion de l’information, d’en évaluer les mécanismes ainsi que les répercussions. La nature des interventions de SBF n’était pas sans rappeler d’éventuelles opérations d’étude comportementales et de désinformation dont la source fait usage simultanément pour protéger ses propres intérêts.
C’est ainsi que l’on peut dresser un panorama de ces mesures de camouflage, de jeux de marionnettistes et de chemin de traverse : de nombreuses stratégies extrêmement loufoques sont employées qui ne présagent en rien des capacités utilisées même si la source en donne une justification dans ces comptes rendu. Le mélange des genres à de quoi déconcerter, pour chaque apport d’informations fonctionnelles s’ajoute une intention de désinformation qui agit comme un processus adverse. On retrouve cette tactique où les ingrédients d’auto-intoxication, d’apports constructifs se mêlent adroitement à des actions d’intervention sociale dont le sérieux n’est plus à remettre en cause. Point d’amateurisme si ce n’est un talent à rendre perplexe les analystes, les mettant simultanément en face de pistes alternatives et contradictoires.
Les démonstrations d’experts et les conclusions péremptoires ne représentent plus qu’un investissement personnel au plus près d’une interprétation et aucunement un constat objectif sur les faits cachés disjoints de toute observation directe. Il ne reste que des suppositions et des hypothèses. Le secret sur la genèse des rapports reste bien gardé. Les réactions habituelles face à cet état peuvent aller d’une part à la réaction épidermique de refus de l’analyse suite à l’acquisition d’une idée préconçue et d’autre part à la désorientation occasionnée par la lecture d’un fait social d’emblée incompréhensible et avec lequel on refuse de s’investir de peur de mettre en péril ses propres convictions.
La faillite la plus commune : les lectorats savants et profanes, en concurrence pour trouver des postures explicatives et en déficit de références, préjugent de leur propre capacité d’interprétation et n’hésitent plus à se comporter comme juge et partie. Pour ce faire ils n’hésiteront pas à exposer comment devrait se comporter la source face à telle ou telle situation comme si la réalité phénoménologique à découvrir devait se plier à leurs souhaits. Si l’illusion du mystère résolu nourrit le fantasme d’une connaissance intime du dossier, il n’a jamais aidé à concrétiser ce désir qui reste le plus souvent inassouvi, celui d’accéder au corpus étendu et récolter les témoignages inédits. A cela s’ajoute la part des réclamations tacites, non dites, les demandes répétées de voir la source interagir plus directement avec un échantillon spécialisé d’analystes qui joueront un rôle d’intermédiaires avec les autres communautés de contactés. La motivation peut être si forte qu’elle met la patience à rude épreuve et pousse les chercheurs les plus motivés à faire des prouesses, toujours à la hauteur du défi, entretenant une pugnacité s’étalant sur des décennies.
Les interventions présumées de la source et l’apparition planifiée de documents apocryphes cacheraient une structure de vaste échelle dont personne n’a pu rendre compte publiquement. Toujours est-il que l’on n’arrêtera jamais de s’interroger sur la nature des auteurs, les motivations, la ligne éditoriale, l’interprétation. En effet rien n’est explicite, les indications ne sont pas franches et les témoignages protégés par le secret. A la recherche de preuves directes on retrouve la tendance manipulatoire d’une source qui intervient en amont pour orienter les analystes dans une direction tout en s’alliant temporairement avec d’autres acteurs dont on ne connaît rien. Le temps aide toujours à éclaircir l’interprétation et la synthèse des concepts mais pas à faire place nette sur la genèse. Comment prévoir l’évolution de cette affaire depuis l’époque des premières lettres dactylographiées maintenant que nous sommes en pleine révolution culturelle des TIC (technologie de l’information et de la communication), de l’espionnage scientifique->militaire et de la guerre de l’information tout azimut. Le spectre d’un projet marionnettiste de plus vaste ampleur semble émerger dans la continuité du projet initialement décrit d’ingérence graduelle et de diffusion de données exoanthropologiques à petite échelle.