GUERRE DE L’INFORMATION

 

L’affaire SBF / Ummo à provoqué une focalisation d’intérêt sur la gestion d’un contact extraterrestre sur le réseau Internet ainsi qu’une frénésie autour de thèmes de recherche spécifiques aux sciences cognitives, l’étude du sens commun comme fondation du système de croyances individuel et collectif, les logiques non standards et leurs applications en sciences humaines et politiques. D’autre part, il a été mis en évidence des ruptures de coopération autour de rivalités personnelles, de politiques scientifiques et culturelles contradictoires, provoqué un débat de spécialistes sur la nature des critères de validation ainsi que la possibilité ou l’impossibilité de construire un critère objectif de taxinomie à partir de données apocryphes. Ce qui par contre se révèle comme une surprise, c’est la nature de la guerre psychologique et des courants d’oppositions organisés qui apparurent à propos du traitement du dossier ummo, soit pour minimiser son impact sociopolitique et révolutionnaire, soit pour contrôler la naissance d’une contre culture, soit pour proposer une compréhension de « consensus » limitée à un aspect purement fonctionnel et théorique et qui évacue tous enjeux sociopolitiques.

 

Sur plusieurs décennies l’affaire ummo a bouleversé des communautés plus ou moins structurées autour de pôles de recherches ou de projets personnels. Les rebondissements furent nombreux et ce ne fut pas sans intérêt pour les enquêteurs et les passionnés. Observer après coup l’évolution dans le temps des différents débats, voir évoluer la coopération de communautés autour de projets plus ou moins compatibles et qui laissent des possibilités d’interopérabilités, analyser les moyens mis en œuvre pour comprendre l’évolution d’une révolution culturelle, d’une acculturation à partir de thèmes dits exotiques, devenant progressivement un véritable choc de connaissances à destination d’individus, de groupe isolés ou de communautés très organisées.

 

Cet investissement pour la diffusion d’idées et le contrôle social n’est pas sans rappeler l’exercice de guerre culturelle qui oppose divers services secrets pour la domination d’une idéologie politique. Le cas le plus célèbre est la guerre froide culturelle qui opposait le bloc de l’ouest à celui de l’est. Peut-on imaginer ce genre d’ingérence étatique pour le contrôle social autour de la phénoménologie ovienne ? C’est précisément ce qui transparait dans l’affaire SBF mais à une échelle plus réduite avec pour effet une manipulation de l’opinion et des comportements pour des objectifs d’expérimentation ou de propagande. Nous avons en effet dans la littérature ummites des anecdotes sur ces guerres clandestines que se livreraient les réseaux de contactés avec les services secrets. S’il y a guerre culturelle on peut légitimement se poser la question des moyens, de la finalité et mettre en relation les différentes parties engagées dans cette bataille pour reconstruire les procédures d’influence utilisées aussi bien par la source de diffusion (respectivement ummites pour le corpus manifeste, SBF sur Internet, apocryphes éparpillés) que par les organismes chargés du renseignement politique, services secrets, autorités policières, et agences gouvernementales.

 

Ce qui peut apparaître lors d’une reconstitution sur la base d’éléments narratifs, ce sont les effets consécutifs de bouleversements psychologiques, de confrontation idéologique pour la prééminence d’un courant d’idées ou pour en empêcher la diffusion. Les fronts de cette bataille sont tout autant incertains et diffus que peut l’être une zone de turbulence entre des foyers d’interaction oeuvrant simultanément sur des terrains sociologiques disparates et hétérogènes. Il n’est donc pas aisé de retranscrire l’impact de ces interventions sur l’environnement cognitif d’un sujet ou d’un groupe de population. Le foisonnement d’outils de prospection contemporains (informatique et mathématique) peut aider à se faire une idée mais on est loin de saisir cette complexité. On retrouve cet aspect particulier de la prévision des phénomènes sociaux avec des moyens considérables dans la communauté du renseignement et à une échelle moins opérationnelle comme objet de recherche scientifique en sciences sociales, humaines, politiques et économiques.

 

Lorsqu’il y a une opération de propagande ciblée ou l’action de réseaux d’ingérence élaborant une stratégie d’emprise, il est possible de décomposer les procédures utilisées même si cela ne révèle rien sur l’identité des instrumentalistes, cela donne un éclairage sur les moyens et par réflexivité sur les pratiques culturelles fondamentales qui sous tendent les actions.

 

Le principal point commun entre les interventions dites de surveillance et d’infiltration quels soit des services secrets ou des auteurs des lettres ummites résident dans l’état de l’art technoscientifique :

La communauté du renseignement infiltre les communautés ovnistes dans un but de réduire les capacités opérationnelles d’une cible, de faire dévier les objectifs de révélation et d’enquête, de maintenir une surveillance sur les individus et surveiller les idées en circulation.

La source ummo est réputée pour son talent à maintenir un conditionnement par la stimulation intellectuelle et la quête de mystères. Elle s’est illustrée par sa critique des faits sociaux dans une posture intellectuelle unifiant des disciplines scientifiques, par sa capacité à produire des propositions épistémologiques et anthropologiques relatives au contact (choc culturel XH, processus d’acculturation progressive, ethnocide), pour son intérêt pour la modélisation des comportements macro sociaux et la construction d’applications de prospective avec les outils de l’intelligence artificielle, pour sa politique de gestion des risques inhérente à l’exploitation de données revendiqués comme extraterrestre ou apocryphes dont la richesse fonctionnelle est telle qu’il n’y a plus de doute sur la possibilité d’une exploitation scientifique.

 

Ces différents moyens technologiques décrits comme outils opératoire dans la littérature ummites sont exprimés comme la science appliquée d’une théorie cognitive transdisciplinaire. Comparativement on fait le rapprochement avec ce qui pourrait se faire par les agences gouvernementales (services secrets et de sécurité) pour une science de la prévision des mouvements sociaux et de simulation de guerre. Un tel intérêt pour l’informatique peut s’expliquer pour organiser des opérations d’ingérence culturelle et de manipulation de l’opinion tel que cela se fait chez les services secrets, de construction d’un projet didactique ciblé sur une population et de construction d’une cohérence documentaire pour une base d’archive des lettres (ummo), de diffusion de rumeur par répétition autour d’un mystère ou d’une révélation choquante (apocryphes). L’affaire ummo a été un front de lutte permanent où coexistère ces trois modes d’interventions pour un enjeu aux contours flous. Malgré ce qu’on peut lire dans les documents, on ne peut que présumer de cette lutte clandestine entre ces divers parties sachant que le terrain à conquérir était avant tout un terrain psychologique, celui de la vie intérieure du lecteur, devenu potentiellement un enquêteur ou un contacté. Le développement historique de l’affaire et sa diffusion progressive augmenta la complexité pour atteindre un niveau d’interaction entre tous les groupes de recherches et d’enquêtes gravitant autour de ces sujets.

 

Un autre point commun visible entre les types d’organisations (services de renseignement, source ummo, groupe de contactés XHM) est celui de la participation de l’outil informatique et notamment de l’intelligence artificielle comme outil de prospective (évaluation et prévision)  et de construction de stratégies (scenario adapté à la cible, >grammaire générative, design). La mise en place de ces techniques nécessite une bonne connaissance des motivations et des croyances des individus dans leurs milieux naturels >ainsi que la palette des émotions qui une fois stimulée orientent les conduites comportementales et les actions collectives. L’ambition de prévision est telle que nous sommes à un niveau d’analyse élevé où l’intrication entre les émotions et les croyances rationnelles devient un sujet de recherche de haut niveau. Ainsi tous les points de vulnérabilités qui constituent les caractéristiques du comportement humain confronté à des situations environnementales difficiles sont examinées attentivement.

 

Le traitement de l’information ainsi que des retombées extraites du dossier ummo sont donc l’enjeu de lutte d’influence. Cette confrontation entre ces trois modes d’engagements révèlent des modes opératoires et des doctrines qui sont parfois exploitées au grand jour et révèlent lors de rapports ou d’enquêtes. Les réseaux d’influence se remarquent distinctement autant par les modalités théoriques dont elles se réfèrent que par les niveaux de motivation et de détermination dont elles font preuve occasionnant des dommages collatéraux. Pour cela on suppose une organisation spécialisée avec une hiérarchie qui fait l’ordonnancement et la planification des taches, des analystes dont l’activité principale est la gestion du renseignement collecté, l’étude du profil psychologique et la mesure des vulnérabilités. Les outils informatiques sont là pour traiter et mettre en forme un flot constant de données pour l’analyste. Nous avons un domaine de recherche qui intéresse particulièrement la communauté du renseignement car c’est son domaine de prédilection. Ce qui est plus inhabituel dans le cas de l’affaire SBF, c’est la part prépondérante de l’intelligence artificielle comme outil de représentation, de simulation et occasionnellement d’élément disruptif qui serait utilisé par une communauté secrète de contactés.

 

C’est ainsi que l’on peut se faire une idée des outils infométriques évoqués par les ummites, lorsqu’ils se décrivent en tant qu’ethnologue extraterrestre en train d’analyser un réseau social perturbé et un écosystème dégradé par toutes sortes d’irrationalités. Le diagnostic est éloquent, il repose sur une prospective échafaudée comme une critique de la géopolitique mondiale, une dénonciation de crimes et d’immoralités de toutes natures quelles soient technoscientifiques, oligarchiques, financières et économiques et qui rendraient problématique d’après eux la survie de l’espèce humaine à court terme. Pour compenser leur intrusion et faire un geste de préservation, une de leur prérogative fut d’introduire une acculturation en vue d’alerter progressivement à une échelle microsociale d’une ingérence extraterrestre dont la position morale ne constitue pas une menace mais au contraire sur le long terme un intérêt pour la préservation de la biosphère terrestre.

 

Un réseau de type XHM quant à lui aura accès à un accompagnement dans le cas d’une collaboration poussée avec un facteur d’influence extraterrestre pour une fusion d’informations de type XH et dans le cas d’un scenario de faible ingérence faire au mieux avec les outils contemporains pour protéger des intérêts communs et mener à terme des missions à leur portée. Cependant la dimension métapsychique M fournirait des possibilités de collecte de données d’une tout autre nature. Cela donnerait une nouvelle ampleur et ferait participer des réseaux d’ingérence complètement inconnu dont l’importance serait sous évalués voir totalement ignoré de la communauté ovniste. La perspective historique devient tout autre lorsque l’on reconstitue ce qui peut dépendre de XHM, d’où un nouveau regain d’intérêt  pour la recherche psychologique des états modifiés de conscience, la métaphysique et toutes les applications s’y référent (NDE, parapsychologie, espionnage psychique). Sur ce point on peut retrouver des éléments de compatibilité avec ce qui est décrit dans le corpus ummite sur tout ce qui a trait à la nature de la conscience collective planétaire et la rétroaction de l’univers des âmes dans la construction des réalités. Ce qui serait nouveau pour les analystes ummophiles et qui constitue un point d’interrogation laissée ouverte, c'est la possibilité d’un échange métapsychique entre réseaux sociaux de planètes différentes. Il existe déjà des analyses qui vont dans ce sens (Cristel Seval, Jane Roberts).