EVEIL DE LA CRITIQUE COMME PREAMBULE AU DIALOGUE
Les propositions exposées dans la lettre du 18 janvier sont à la fois explicites et implicites, une partie est clairement énoncée alors que la seconde est issue d’une autocritique et d’un développement issu des querelles sur la meilleure façon de traiter le plus efficacement du corpus ummite.
Une posture cognitive qui met en cause ses propres procédures de connaissances afin d’en dégager les limites et de proposer des solutions pour résoudre les situations de blocages et d’appauvrissement du débat. Une autocritique limitée dont l’objectif n’est pas de mettre en péril son propre cadre de référence mais de réfléchir sur la finalité de son raisonnement et sur les étapes qui mèneront à un dialogue rationnel sur un sujet dit « hors limite ». Ce serait une autocritique circonscrite aux postulats fondamentaux du raisonnement de départ et mettrait entre guillemets les autres postulats jugés évidents ou indémontrables. L’intérêt de cette attitude serait de maintenir une cohérence rationnelle tout en donnant la liberté de reporter les lacunes de démonstrations dans le raisonnement par un réexamen périodique lors d’une attitude de mise en retrait (posture d’indifférence). C’est faire le pari de reprendre en toute humilité les scories des démonstrations, d’en faire un grossissement pour examiner tout ce qui mériterait un correctif. Proposer un éclairage nouveau sur ses propres motivations et les doutes pour laisser la démonstration à l’épreuve des faits, sans donner de jugement à l’emporte pièce (un raisonnement sans induction). Organiser un mouvement d’ouverture et d’intégration de nouveaux apports.
La seconde posture est celle de l’auto-ajustement permanent sur les méthodes de raisonnement, de manière à intégrer rapidement les nouvelles idées, à restreindre l’ethnocentrisme à sa plus simple expression et à considérer toute doctrine constituée comme un simulacre rationnel temporaire sujet à correction. L’idée est de ne se reposer sur aucunes croyances consacrées mais plutôt sur un méta paradigme qui sert de boite à outils cognitif. Cela s’apparente à un hyper rationalisme dans le sens multidimensionnel et qui ferait du traitement de l’information l’acte fondateur l’étude en situation de systèmes de croyances. Ce type de considérations si elles sont bien menées permettrait de mieux gérer la complexité des analyses, en indiquerait l’origine, le contexte et l’évolution dans le temps. La rigueur apportée se ferait autant par auto-analyse des méthodes de traitement que sur ce que la démonstration apporte comme résultats dans la description des faits et la prévision. En partant de là, nous avons une compatibilité épistémologique avec la pensée épistémologique ummite, décrite comme fonctionnelle, unitaire, synthétique et nominaliste.
Avec ces deux postures nous sommes face à une gestion des connaissances qui pourrait conduire à la contradiction d’une connaissance qui nierait complètement ses propres principes. Pour éviter cet écueil, d’autres procédures de traitement de l’information sont utilisées, qui, si elles sont objectivement neutres, logiquement efficientes, transdisciplinaires et facilement transposables seraient les briques fondamentales, les nouveaux axiomes d’une gestion du savoir. L’idée directrice est de développer un mode d’acquisition souple, adaptée aux révolutions intellectuelles, aux crises scientifiques, à la perte de repères produite par la déficience de paradigme directeur. Par la pratique, le reflexe intellectuel approprié se sert de ces procédures de traitement pour la prise en compte des croyances personnelles, de l’émotion comme facteur induisant des biais, des préjugés sources d’irrationalités dans les raisonnements et de l’intentionnalité dans la conduite des projets.
Dans une phase plus poussée, il y aurait contrôle de l’engagement émotionnel puisqu’il s’agirait de traiter ses propres convictions comme autant de données formelles que l’on décortiqueraient avec soin avant de les utiliser comme élément précurseur du débat scientifique. Il est en effet impossible de nier l’importance des émotions sur la construction des croyances mais il est peut être possible de se confronter à soi même, de réguler quelques emportements avant de proposer des résultats qui n’indiqueraient pas en toute honnêteté la part de l’intuition, des convictions personnelles sur les résultats finaux. Ce n’est pas l’aboutissement du relativisme, bien au contraire, c’est l’usage d’un méta-rationalisme (hyper-rationalisme dans un sens multidimensionnel) comme force de proposition pour la production d’une pensée la plus objective qui soit à l’instant t avec des moyens et des ressources clairement décrites.