L’INTERFERENCE AVEC L’INDICIBLE COMME PROJET EXPERIMENTAL

 

On peut faire un comparatif entre les opérations d’ingérences microsociologiques telles qu’on peut se les représenter à partir de l’interaction avec des communautés de contactés connues. En dérivant de l’histoire du groupe de Madrid structurée autour d’un leadership avec des témoins privilégiés comparativement à une nouvelle typologie d’ingérence en milieu ouvert qui utilise le réseau Internet qui cible des communautés virtuelles :

 

Le groupe de Madrid recevait des lettres dactylographiées de provenance géographiques variées comme si les expéditeurs participaient à un tour du monde. Cette correspondance constitue un corpus de rapports détaillés mais ne possèdent pas de structure formelle ni de hiérarchie. Ils fonctionnent par recombinaison comme si chaque lettre composait les pièces d’un puzzle géant dans lequel le lecteur devait piocher pour reconstituer sa propre vision. Le recoupement des informations et le croisement des données se fait à travers une démarche hypertextuelle, c’est la plus pratique même si on ne le reconnait pas volontiers, elle donne la possibilité de constituer un champ lexical de la cosmogonie ummo. Cette notion d’hypertexte démontre l’efficacité d’une lecture non hiérarchisée efficace pour la cartographie du champ lexical et la composition de thèmes associés. L’origine de la correspondance est matériellement brouillée, l’adresse de l’expéditeur des lettres dactylographiées est une diversion pour empêcher le lecteur de se fixer sur une zone géographique, la localisation de l’expéditeur importe peu, ce qui compte c’est l’interaction avec les destinataires et une exploration par immersion dans un univers narratif que l’on reconstitue mentalement.

 

L’affaire SBF / Ummo fonctionne comme un transfert d’opportunités avec un regroupement de problématiques fondatrices de l’étude du dossier Ummo. Il s’agit de faire une correspondance entre l’expérience de terrain avec une communauté physiquement constituée et un autre terrain totalement virtuel où l’interaction des intervenants serait plus rapide et plus complexe. La source n’est pas clairement définie et identifiée puisqu’elle canalise son action au travers d’un jeu de rôles et de marionnettistes où les intervenants apparaissent comme des personnalités créés pour la circonstance. Il s’ajoute à cette illusion de perception d’autres effets pour compliquer la tache des enquêteurs dans la mesure où sur Internet on peut ajouter des niveaux de dissimulation pour brouiller l’origine de la communication.

 

On envisage alors l’opération SBF comme une opération de projection d’intérêts sur Internet autour de la problématique du contact interculturel ;

-          qui serait la base d’une réflexion sur l’approche et le traitement d’un corpus de données inconnu qui reste à découvrir avec l’intégration d’un contenu plus vaste où l’univers Ummo serait un point de raccordement vers d’autres descriptions concurrentes et complémentaires, c'est-à-dire d’autres cultures extraterrestres ;

-          qui se prendrait soi même comme sujet pour une séance d’édification sur la nature étrange d’une mise en  scène autoréférentielle où le contact serait autant simulé que provoqué par une source extérieure afin d’induire les états mentaux facilitant son analyse. L’observateur qui pensait posséder une vague notion du contact pouvait être pris dans une crise de la connaissance  qui se déroulerait comme la conséquence incontrôlable de la prise de conscience d’une intimité nouvelle avec une source d’information d’origine non identifiée. Ce rapprochement se constituerait dès que l’hypothèse de la participation probable d’un agent perturbateur dans un espace d’échange et de communication serait vécue comme une intrusion dans la sphère de l’intimité de la communauté.

 

Cette présence inconnue provoque un choc culturel du seul fait de ses interventions hors normes qui bousculent des conventions qui sont autant de règles tacites de la coexistence communautaire. Un des effets immédiats de la première perturbation SBF fut très clairement la réécriture de la charte de la communauté ummo-sciences, preuve qu’il y a bien eu un choc culturel avec une désorientation si importante qu’elle déclencha un phénomène de censure et la création d’une nouvelle politique culturelle. Ce fut le renforcement d’un comité d’experts garant de la validation des résultats conformément aux prescriptions et méthodes d’authentification des nouvelles lettres Ummites. Malheureusement ce comité ne parvint pas à démontrer sa capacité à résoudre ce qui fut une succession de mise à l’épreuve, la polémique sur les documents apocryphes, les vraies, les fausses, les vraies fausses lettres ou les fausses vraies lettres. Ce qui advint fut l’accélération d’un schisme entre mouvements d’opinions et doctrines quand ce ne fut pas pire avec des conflits de personnes, des rivalités de clans et des guerres de l’information pour défendre une autorité morale sur la préservation du fond documentaire ummite. Le débat était d’autant plus virulent que se dessinait en arrière plan l’idée que la source pouvait assister en tant qu’observateur au déroulement des discussions, ce qui amplifia une perturbation indirecte sur la croyance collective en cette présence avec pour conséquence une bataille des prétendants pour les contacts futurs.

 

Le lecteur devenait du seul fait de sa présence un acteur du débat, il n’était plus passif, son esprit est à la fois le lieu d’une confrontation avec un univers inconnu et par immersion dans une affaire complexe, il devenait le sujet d’une expérience où il pouvait se voir lui-même dans la situation de la personne confronté avec un environnement informationnel inconnu. On pouvait dès lors se prendre soi-même comme objet d’étude puisque la grande variété des réactions et des confrontations constituaient une palette très riche des comportements humains et des effets du choc culturel, du pillage culturel et de la conversion à un univers de représentation complètement exotique. L’affaire SBF / Ummo a souligné très explicitement la position de l’observateur confronté à son objet d’étude théorique qui devenait lui-même du fait de son implication un point de comparaison avec ce qu’il étudiait. Cet observateur pouvait passer empiriquement de la théorie à la pratique tout simplement en se regardant dans  un miroir.

 

Un autre point délicat de compréhension se rapporta à la nature réelle ou virtuelle de l’opération de communication SBF vue dans sa globalité. Est-ce que toutes les participations reconstituées faisant apparaitre des acteurs disparates (l’agent de liaison, l’I.A, les supplétifs, les contactés, le fusible informationnel, le maitre d’œuvre E.T. et son binôme humain) participaient d’avantage de la simulation d’une interférence d’un type nouveau que de la véritable matérialisation d’un réseau d’ingérence opérationnel ? Et si tout cela n’était encore qu’un jeu de marionnettistes construisant un décor pour y projeter un autre jeu théâtral qui serait vécu pour des observateurs comme une mise en situation fortement interactionnelle et dont l’objectif ne serait que didactique ?

 

Nous retrouvons alors un niveau d’ordre qui s’emboiterait comme des poupées russes rendant la vision du phénomène impossible, voire extrêmement délicate dans l’esprit des analystes. De quoi se perdre dans un labyrinthe ouvert où des univers de perception se superposeraient en cascade pour produire des niveaux de réalités multiples.

 

Si ce n’est qu’un exercice simulé, il serait comme une leçon de chose, une démonstration de puissance, une force de dissuasion pour ceux qui sont encore à la recherche des modes d’action des véritables acteurs cachés. Les réseaux adverses quant à eux ne peuvent qu’imaginer ce que pourrait être une véritable opération d’ingérence ou de communication.

Si c’est une véritable opération de communication, elle servirait à résoudre simultanément des problèmes persistants et à souligner les échecs qui engagent différents réseaux d’ingérence en opposition.

 

Ces deux conditions seraient probablement l’aboutissement d’une guerre de l’information dans laquelle toute l’imagerie exposée et les descriptions produites agiraient comme une ébauche de démonstration de capacités pour de futures opérations comme pourrait l’être un exercice pour répondre à une agression et montrer ses capacités de ripostes, une arme de dissuasion informationnelle.

 

Une grande frustration touche à la fois :

-         les correspondants qui deviennent des cibles potentielles, des machines pensantes qui répètent un message savamment distillé ;

-         les lecteurs assidus se comportant comme des esprits égarés dans la complexité à la recherche d’une vérité perdue qu’on leur présenterait.

 

L’activité de recherche et de réflexion individuelle au sein du groupe produisent par synergie un effet de renforcement de l’identité communautaire et l’émergence de nouveaux comportements collectifs. Ce qui serait mesuré c’est l’influence du comportement individuel sur le collectif, cette relation particulière du changement psychologique et ses conséquences sur l’évolution du comportement de groupe. A travers l’affirmation de l’individualité il est tentant d’ajouter une facette supplémentaire d’une expérimentation où les membres sont à la fois observateur et acteur de leur propre transformation.

 

Bien évidemment toute expérience sur la psychologie humaine si elle se veut la moins néfaste possible ne peut pas être conçue pour durer éternellement, et d’autant plus qu’elle obéit à une succession de protocoles et de règles précises de validation. Les instigateurs qu’ils soient identifiables ou non, en récupèrent les résultats et ne se donnent pas la peine d'en faire état, ni d’évoquer comment les données récupérées seront exploitées. Les interlocuteurs devenus cobayes malgré eux ou simplement observateurs passifs de l’action  qui les touchait pouvaient se consoler en exploitant la mine d’information  qui a servi de catalyseur.

 

Quelque soit le type d’interventions en œuvre, qu’elle dénonce les centres de pouvoirs et les services de renseignement intérieur, qu’elle émerge d’une interaction comportementale  simulée en direction des systèmes de croyances perturbés directement par une provocation d’essence mythologique à connotation extraterrestre (opération SBF) et indirectement par la collecte de documents apocryphes comme une réponse aux attentes ( diffusion d’apocryphes avec croyance en l’intimité avec la source Ummo), l’effet global sur les membres des communautés pris pour cible est le même. Il n’y a plus de différence dans la perception de cette relation d’échange avec l’inconnu car le discernement n’est plus possible à ce niveau. Il n’est pas plus pertinent d’identifier le véritable visage qui se cache derrière le rideau que de comprendre le déroulement d’un  processus de transmission d’information constitué par une interférence avec une identité collective. Ce serait plutôt ce choc en retour, la réaction instinctive d’un collectif et les effets régulateurs de comportements individuels sur la communauté qui deviennent le sujet principal de l’expérience.