MISE EN SCENE A EMBOITEMENT MULTIPLE

 

Il est particulièrement intéressant de constater que l’affaire SBF / Ummo a relancé un débat sur les niveaux de réalité cachés, ceux d’un ordre implicite à partir duquel s’exprime et se développe des mécanismes artificiels, une orchestration qui a tout l’air d’être réaliste mais qui est l’expression d’une interface sensorielle avec laquelle la communication serait possible. L’observateur ne peut traiter que ce qui lui apparaît dans une manifestation compréhensible et qu’il est capable de reconnaitre. En effet, d’un point de vue cognitif, quelque chose de complètement nouveau est totalement incompréhensible. On ne peut pas être dans la situation de connaître une chose inconnue si elle ne fait pas partie d’un univers de catégories mentales où la comparaison et la mémoire interviennent. Dans le cas contraire la perception reste hors de portée, on ne connaît pas une chose d’office, on la reconnaît. C’est encore plus délicat à réaliser lorsque la perception du phénomène est le résultat d’une projection qui a l’air consistante mais qui finalement ressort de la mise en scène ou d’un jeu d’illusionniste. Un marionnettiste virtuose en produisant une illusion compact qui resterait indissociable du champ culturel de référence. Le spectateur qui est parfois un acteur malgré lui de ce montage sophistiqué se trouve dans l’impossibilité pratique de comprendre le mécanisme générateur qui produit ces apparitions.

 

Cette interrogation fondamentale sur la nature de la réalité que nous percevons vis-à-vis d’une rencontre avec un phénomène extraterrestre à été délibérément et explicitement mise en avant par SBF au cours de ses conversations qui évoquaient l’usage d’un protocole comme interface de communication acceptable entre niveau de représentations et de connaissance incompatibles entre elles. (CF article sur les rôles du contenu anonyme et du contenu apocryphes)

 

On en revient sur les experts des dossiers Ummo pour faire un tour d’horizons sur les aspects scientifiques qui ont été exploités du corpus par JP, JPP, Denocla, Seval, U-Sphère ainsi qu'une prospective sur les répercussions de l'affaire sur la façon de se représenter
une politique d'ingérence  E.T..

 

JPP qui a été témoin de l’affaire SBF,  en a donné une illustration simplifié dans son livre « l’année du contact ». Il s’est grandement inspiré des péripéties pour construire une nouvelle de fiction didactique basée sur des rebondissements qui l’on marqués plus personnellement. Ce qui l’a conduit ensuite à reconsidérer l’affaire Ummo dans son ensemble. Il avait déjà des doutes et une méfiance envers la source de la prose ummite. L’événement SBF l’a finalement renforcé dans sa conviction qu’une lecture au « premier degré », sur la base des comptes-rendus des auteurs, n’expliquait pas la complexité manipulatoire et le jeu d’illusion entretenu depuis 30 ans autour d’une expérience microsociologique. Sur la base des idées produites par l’affaire, il considère probable que le contact avec des extraterrestres soit impossible du fait de l’existence d’un écart évolutif qui serait hors de portée de notre imagination. Un écart qui se situerait en millions d’années excluant d’emblé une rencontre de prés ou un dialogue direct. L’alternative utilisée pour résoudre cet obstacle reposerait en grande partie sur une communication qui créerait des illusions accessibles pour la raison, des activités de manipulations mentales pour induire des émotions et des modifications du système de croyance personnel, des stratégies d’influence indirect à l’aide d’une ingénierie cognitive support d’une interface hypertechnologique qui traduirait un contenu culturel et idéologique d’un niveau à l’autre.

Cette interprétation se traduit pour le dossier Ummo par la mise en place dans les années 60 d’un dispositif expérimental basé sur des documents dactylographiés et de communications téléphoniques avec l’intervention de supplétifs. Cette opération se présente comme une expérience sur des cobayes humains dans un environnement difficile où des stratégies d’influence et conflits personnels éclatent à tout va sans compter l’ingérence discrète des services secrets dans des opérations de diversion et d’espionnage. Le dispositif devient performant au prix de quelques ajustements et les résultats arrivent finalement au-delà des espérances des instigateurs et se prolonge pendant des décennies. Ce contact avec des E.T. fut rendu public par le groupe espagnol, et cette divulgation fut sous étroite surveillance pour éviter de briser le protocole d’étude. La stabilité de l’intervention a été supervisée par des intelligences artificielles et la cohérence du corpus bâti pour résister à une exégèse poussée qui laisse libre cours à divers grilles de lectures. Sans se méfier et prendre des mesures préventives, le groupe espagnol fut ainsi pendant 3 décennies un laboratoire vivant et a délibérément collaboré avec la source, subjuguée par l’écart technologique et l’incroyable fonctionnalité et richesse du corpus. Malheureusement, cette expérience a finalement atteint son terme au bout de 30 ans, la première phase des contacts et de diffusion ayant atteint ses limites, les réseaux espagnols connurent alors une période de silence, un espacement des contacts et finalement une vaste opération de désinformation pour dissoudre les réseaux de contactés, les rendre inerte avant de les abandonner. (cf. histo.)

 

 A la différence de JPP, JP dans son travail d’enquête à privilégié une interprétation plus conventionnelle, toute sa thèse qu’il a développé dans « ummo, de véritables E.T. » est une lecture au « premier degré » avec une correspondance avec des concepts scientifiques pour produire un argument d’autorité sur la seule hypothèse d’une validation extraterrestre du dossier et de la réalité plus que probable de cette extraterrestrialité du fait de la cohérence dans les descriptions de la culture ummite ainsi que toute la civilisation qui s’y réfère. Il soutient que la probabilité est maximale pour que la description de la cosmogonie des auteurs des lettres et leurs rapports sur leur propre culture correspond à une réalité factuelle car l’accumulation de preuves indirectes sur l’exotisme des comptes-rendus ainsi que des anomalies récurrentes à propos des péripéties vécues par les témoins et les contactés, lui donne un argument de confiance qui consolide l’idée que les ummites sont véritablement ce qu’ils prétendent et que les descriptions qu’ils donnent sont littéralement des pièces rapportées d’une pensée constituée par des êtres vivants avec leurs croyances et leurs motivations dictées par un impératif de mission d’exploration du système planétaire. Ils ont découvert la Terre en captant par hasard un signal morse dans l’espace ce qui les a motivé à envoyer une mission d’étude. Pour JP, les documents dactylographiés et tous les apocryphes qui seraient authentifiés sont autant de piste à explorer pour aboutir à la constitution d’un corpus qui auto validerait cette hypothèse par le seul fait d’une accumulation d’une caractéristique exotique à notre pensée humaine, d’où son effort pour découvrir les fondements du langage ummite et pour donner de la consistance tant par l’imagination, que par la restitution des concepts fondateurs de la pense ummite dans une reconstitution encyclopédique. Il propose également comme experience de laboratoire, l’analyse du krypton biologique comme validation à postériori d’un contenu scientifique extrait du dossier. C’est pour appuyer sa thèse qu’il soutient l’initiative de l’appel aux destinataires avec comme arrière pensée une incitation à la reprise des échanges et pourquoi pas un contact direct avec la source car en tant qu’expert du dossier, il serait plus à même de les comprendre.

 

Denocla, dans son livre « Ovnis, Crops Circles et Exocivilisations », porte ses travaux sur l’analyse croisée des lettres et l’extraction de données. Il brosse un tableau des très nombreuses  exocivilisations (premier ébauche tableau E.T, http://www.denocla.com/ET/tableau-ET.doc) qui nous auraient visités d’après ce qu’en rapportent les ummites avec une grille de lecture qui se veut la plus détaillée possible. En cela il rejoint la posture académique de JP, et par ses travaux il corrige les travaux de JP sur le langage ummite et complète par une synthèse thématique et une analyse minutieuse de la cohérence du dossier et de la cosmogonie. Il arrive à la même conclusion que JP, le contenu est tellement riche et fonctionnel dans son aspect exotique et scientifique qu’il a en toute probabilité l’apparence d’un contenu exogène à notre monde. C’est la variété des interventions et des visites qui sont pour lui la fondation du phénomène ovnien. Il serait plus pertinent pour lui de parvenir à constituer un catalogue de ces exocivilisations par le recoupement et la synthèse du plus grand nombre de source possible.

 

D’autres analystes comme C .Seval utilise le dossier Ummo comme un moyen de comprendre le dossier ovnien en globalité, pour en extraire les arguments à base scientifique et les concepts pour se mettre à la place des visiteurs et expliquer le mystère de non intervention par le risque ethnocidaire (Contact et Impact), du projet qui semble se préciser sur une forme d’ingérence humanitaire (Le plan pour sauver la terre). Il a développe cette thèse dans une série de livre dont l’argumentation s’articule sur la possibilité de l’existence d’un collectif extraterrestre qui intervient sous couvert de structure mythologique, d’opération commando de démonstration de force dans un objectif pacifique et de sauvegarde de l’humanité. Sans pour autant donner plus de précision sur ce mode particulier de structure de contrôle, ce collectif resterait pour lui un conglomérat opaque qui a pour autre particularité de se diversifier vers une ingérence dans la sphère métapsychique (induction de transe et connexion télépathique). Sur ce dernier point il y a une concordance de vue avec l’existence d’un réseau de type XHM tel qu’il est évoqué par l’intervention de SBF.

Avec U-sphère, nous retrouvons une réflexion plus diversifiée et moins focalisée sur le dossier  ummo, il y a intégration des différents domaines de recherches pour proposer une grille de lecture sur le sujet ovnien avec une avancée sur le sujet des Crops Circles, du dossier ummo et de la notion d’ingérence collective de différentes exocivilisations dissimulant un plan d’intervention qui remonterait à des milliers d’années. Il aborde comme C.Seval l’idée d’un plan pour aider l’humanité avec une variation sur la théorie marionnettiste qui ne serait pas uniquement focalisé sur la civilisation humaine ou son champ psychique mais investirait tout le champ biogénétique planétaire (étude de cas sur l’intervention ovni dans les écosystèmes). L’affaire SBF a également traité cet aspect dans son impact visible sur les populations touchées avec une contre enquête sur les premiers témoignages, durant la période de crise avec comme constatation sur les retombés : Promouvoir le développement d’outils permettant d'approcher et de maîtriser l'inconnu, de façon rationnelle. La question fondamentale étant : "comment traiter le flou ou l'indécidable ?". Développer les outils de metalinguistiques et de metamathématiques. Améliorer nos méthodes de traitement de l'information. Préparer les individus à l'acceptation de sources exoanthropologiques. Maintenir son libre arbitre et sa capacité "critique" face à ces sources. Cela dépend plus d’une préparation d’ordre psychologique, partiellement, un travail sur la maîtrise de ses émotions. Il aborde plus globalement une théorie du contact et un concept d’ingérence multimodale qui concentre et dissimule les interventions d’un collectif d’exo civilisations basé non spécifiquement sur les prérogatives traitées dans le dossier ummo mais par un large examen de toutes les facettes du phénomène ovnien. L’échelle historique de ses recoupements et analyses comparatives couvre l’histoire des civilisations avec un intérêt plus particulier sur la prospective mythologique, sociopolitique et eschatologique.

Tous ces analystes et chercheurs sont du même avis concernant les fonctionnalités des documents ummites, même si on peut débattre sur l’authenticité de la source et de la réalité des auteurs conformément à leur propre description qu’ils donnent d’eux-mêmes. Au delà du caractère manipulatoire et dissimulé des motivations des auteurs, il subsiste un contenu qui satisfait l’intérêt scientifique comme le serait des joyaux que l’on extirperait avec peine d’une mine à ciel ouvert. Des informations extraites qui sont considérés par chacun d’entre eux comme véritablement intéressantes et exotiques et sans rapport avec un cadre conceptuel existant

Les divergences d’opinion portent avant tout sur l’authenticité, la bonne foi, l’identité présumée, les motivations finales et le plan d’intention initial des ummites. On remarquera que l’idée d’une intervention unique regroupant l’intervention d’un collectif d’intelligences ou d’ethnie E.T n’était pas dans l’air du temps auprès de la communauté des analystes espagnols, à part Ignacio Darnaude (archiviste) qui pensait qu’il y avait un autre niveau d’ordre informationnel à l’origine du cas ummo, c'est-à-dire une autre réalité extraterrestre qui participerait à la création d’un jeu de rôle élaboré pour la production d’une affaire tel qu’elle nous apparaît.

 

Ce n’était pas une idée dominante parmi les partisans de l’extraterrestrialité, il était plus facile de réfléchir sur l’idée d’une source unique dont la cohérence résulte d’un plan de communication de longue durée avec un même profil caractérologique et dont la consistance résiste au temps. L’affaire SBF a marqué une rupture avec cette vision. L’hypothèse d’un phénomène à tiroir avec des niveaux imbriqués les uns dans les autres et d’une trame événementielle produite par une autre plus fondamentale mais qui n’apparaîtrait pas explicitement n’était pas courante. Pour prendre une métaphore cinématographique, un spectateur qui en regardant un film et après y avoir cru se met à douter par la découverte d’éléments de mise en scène incongrus, d’effets spéciaux et finit par comprendre qu’il a eu une projection d’une animation qui a l’apparence de la réalité. L’effet sera d’autant plus fort s’il a une connaissance de la mise en scène et s’il accède ensuite au making-off.  Cette thèse s’est remarquablement peaufinée à la réception de nouveaux apocryphes (NR) qui ont enfoncé le clou. Nous avons un effet de progression dans la représentation du réseau opérationnel 2.X, il a été énoncée par les acolytes de SBF et parle d’une exocivilisation de contrôle qui surveille la planète (réf. Duncan) puis de nouveau formulé ensuite à la réception d’apocryphes (NR), comme si la disparition de SBF n’était pas une fin à la transmission d’idées fortement compatibles entre elles. Idées reprises et reformulées (NR, SBF, apocryphes) qui fonctionnent dans le développement d’un sous-univers du discours comme prolongement de la correspondance ummite originelle.

 

Nous avons tout de même un problème de nature conceptuelle pour se représenter un protocole interactif articulé sur des emboitements d’interventions et jeux d’illusions car il existe un procédé narratif de film dans le film. Lorsque la mise en scène introduit délibérément par autoréférence le procédé qui lui permet de construire le film, le spectateur expérimente alors une réalité incertaine aux contours flous. Nous retrouvons alors un niveau d’ordre qui échappe encore à l’observateur puisqu’il faudrait introduire le making-off du making off du film, soit conceptuellement le making off du film dans le film. C’est le problème que nous pose l’affaire SBF / Ummo, il existe un défi pour la narration et un autre pour la lecture car il semblerait que l’affaire SBF possède des imbrications de type métadonné pour la génération d’autre niveaux narratifs avec 4 niveaux d’indirection. C’est la limite de ce que l’on peut raisonnablement se représenter mentalement :

 

-         SBF en tant que personnalité qui communique sur internet ;

-         SBF en tant que personnalité marionnette qui produit des événements à plusieurs échelles dimensionnelles ;

-        SBF en tant que production d’une unique source qui produit un simulacre rationnel à partir lequel est généré la production d’une personnalité marionnette contrôlée sur une échelle multidimensionnelle ;

-        SBF en tant que réseau d’ingérence (XHM) qui crée un environnement dédié et communique des schémas d’orientation avec lesquels une source unique construit un simulacre rationnel ; ce simulacre servira ensuite de trame pour la mise en scène de personnalités marionnettes agissant sur des environnements disparates en apparence mais qui participent à organiser une opération psychologique ; opération qui fonctionne comme une machine à induire des états mentaux, des pensées et émotions par un effet de synergie sur l’auto motivation d’interlocuteurs cibles et d’observateurs attentifs ; cette expérimentation microsociologique sur une communauté ciblée a pour effet la perturbation du système de croyance individuel et collectif afin d’induire un changement cognitif et la prise de conscience d’une autre réalité phénoménologique.